Le Parti communiste condamne l'Appel du 18 juin 1940

Le 17 juin 1940 à Bordeaux, le Maréchal Pétain, nommé la veille président du Conseil, annonce dans un discours radiodiffusé "qu'il faut cesser le combat", autrement dit qu'il faut mettre un terme au conflit avec l'Allemagne, et que pour cette raison il a sollicité le gouvernement allemand afin de connaître les conditions de l'armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, le jour même de cette démarche du gouvernement français visant à mettre fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, Viatcheslav Molotov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque sans délai l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)

Le lendemain à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative pétainiste et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940 qui marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Fidèle au Pacte germano-soviétique, le Parti communiste s'est engagé dès septembre 1939 en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie. Cette ligne pacifiste ne sera en rien modifiée par les événements de juin 1940.

En effet, le Parti communiste apportera son soutien à la démarche du Maréchal Pétain dans un numéro de l'Humanité... soumis à la censure allemande (l'Humanité du 19 juin 1940) :

"Tous les hommes qui constituent le gouvernement portent, à des titres divers, la responsabilité de la politique qui a conduit la France à la guerre, à la catastrophe. Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."

Il approuvera même la signature de l'armistice franco-allemand dans l'Humanité du 24 juin 1940 en soulignant - point important - que seul un gouvernement communiste est légitime pour négocier un traité de Paix avec Hitler :

"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente. [...]
Pour négocier la paix, il faut pouvoir parler au nom du peuple. On ne parle pas au nom du peuple quand on tient en prison et dans les camps des milliers de militants du peuple. Seul, sera digne de négocier une paix équitable, le gouvernement qui rendra au prolétariat ses droits et sa liberté."

Ce combat pour la Paix avec l'Allemagne nazie se manifestera aussi dans la condamnation sans appel du Général de Gaulle et de son projet de libérer la France par les armes.

Pour justifier cette condamnation, la propagande communiste décrira le chef de la France Libre comme un traître et un fasciste. 

Ainsi, l'Humanité, organe central du Parti communiste français, accusera le Général de Gaulle d'être un "agent de la finance anglaise" qui par vénalité veut "faire battre les Français pour la City" (l'Humanité du 1/07/40), d'être non seulement un belliciste qui veut "entraîner à nouveau les Français dans la guerre" mais aussi un traitre qui agit sur "ordre de l'Angleterre impérialiste" (l'Humanité du 4/07/40), d'être un "ennemi du peuple" et de "vouloir la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt" (l'Humanité du 14/02/41), d'avoir pour projet non seulement de "détruire à jamais les libertés publiques" mais aussi de préserver "l'horrible régime du sabre et du coffre-fort" autrement dit le régime capitaliste (l'Humanité du 5/03/41), d'être à la tête d'un mouvement "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" autrement dit fasciste et de vouloir en réalité "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise." (l'Humanité n° spécial du 18/03/41), d'être un "assassin de la liberté" (l'Humanité n° spécial du 1/05/41), de faire couler "le sang français" (l'Humanité du 13/06/41) et enfin d'être comparable au Maréchal Pétain qui "fait tuer des enfants de France pour l'Allemagne" en faisant "tuer d'autres français pour l'Angleterre" (l'Humanité du 20/06/41).

Ce n'est qu'après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes que le Parti communiste adoptera une position favorable au Général  de Gaulle et à la Résistance. Cette décision répondra aux Instructions de l'Internationale communiste contenues dans un télégramme daté du 25 juin 1941 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand".


On reproduira ci-après des textes diffusés par le PCF entre juin 1940 (défaite de la France) et juin 1941 (invasion de l'URSS par les armées allemandes) en faisant la distinction suivante :

         : Textes illustrant la ligne pacifiste, anglophobe et anti-gaulliste du PCF.

         : Communications PCF/Internationale communiste et PCF/Régions du PCF.

         : Instructions du PCF de juillet 1940.

         : Textes qui font référence à la collaboration communiste.

         : Mention du Programme pacifiste du PCF intitulé Pour le salut du peuple de France.

         : Texte du PCF publié après le 22 juin 1941.

La période comprend pour l'année 1940 les mois de Juin, Juillet, Août, Septembre, Octobre, Novembre et Décembre et pour l'année 1941 les mois de Janvier, Février, Mars, Avril, Mai et Juin


IL Y A DES COMPTES A REGLER

Tandis que nos soldats trahis sont écrasés par l'énorme matériel des troupes allemandes,
Tandis que de longues colonnes de réfugiés errent sur les routes, comme aux plus sombres périodes de l'Histoire de l'Humanité, [...]
Le peuple de France, ouvrant désormais les yeux et conscients d'avoir été trompé par une bande de malfaiteurs publics, pense qu'il y a des comptes à régler. [...]
Oui, IL Y A DES COMPTES A REGLER avec tous les politiciens qui ont jeté les députés communistes en prison et les ont déchus de leur mandat parce que, dès le début de la guerre, ils avaient eu le courage de réclamer la paix. [...]
Oui, IL Y A DES COMPTES A REGLER avec les ploutocrates des 200 familles qui ont livré la France aux banquiers anglais. [...]
 
PEUPLE DE PARIS

Unis-toi avec le calme tranquille de ceux qui savent que l'avenir leur appartient, n'oublie pas qu'il y a un pays où les capitalistes ont rendu gorge; ce pays, c'est la grande Union Soviétique, pays du socialisme et de la paix.
Unis-toi derrière ceux qui se sont battus pour la paix, derrière les communistes qui, hier, t'ont montré au risque de leur liberté et de leur vie, le chemin de la paix et qui, aujourd'hui, te montrent le chemin de la restauration de notre malheureux pays, à savoir :
CHATIER ET FAIRE PAYER LES RESPONSABLES DES DESASTRES DE LA FRANCE.

VIVE L'UNION DU PEUPLE DE NOTRE GRAND ET IMMORTEL PARIS !

La Région Paris-Ville du Parti Communiste Français

(Tract "Il y a des comptes à régler" du 18 juin 1940)
Tiré à 7 000 exemplaires, le tract "Il y a des comptes à régler" a été diffusé dans Paris à partir du 18 juin 1940.

Signé "La Région Paris-Ville du Parti Communiste Français", ce tract appelle le "Peuple de Paris" à se mobiliser pour "châtier et faire payer les responsables des désastres de la France" c'est-à-dire "tous les politiciens qui ont jeté les députés communistes en prison et les ont déchus de leur mandat parce que, dès le début de la guerre, ils avaient eu le courage de réclamer la paix" ainsi que "les ploutocrates des 200 familles qui ont livré la France aux banquiers anglais".

Ce texte a été rédigé par le responsable du Parti communiste clandestin : Jacques Duclos. Réfugié en Belgique depuis octobre 1939, le secrétaire du PCF est arrivé à Paris le 15 juin 1940 soit le lendemain de l'entrée des Allemands dans la capitale. Il a pris à cette date la direction du Parti communiste car Benoît Frachon qui assumait cette fonction avait quitté Paris avant l'arrivée des troupes allemandes.

Diffusé au moment même où le Maréchal Pétain négociait l'armistice, le tract "Il y a des comptes à régler" permet de rappeler par son contenu que le Parti communiste s'était engagé pour la Paix avec l'Allemagne nazie dès septembre 1939 en qualifiant de fascistes tous ceux qui étaient favorables à la guerre et en expliquant que la France était entrée dans le conflit par soumission à l'Angleterre impérialiste.

Dernier élément, ce tract pacifiste, anglophobe et anti-républicain a été soumis à la censure allemande le 20 juin 1940 en vue d'être publié dans le premier numéro de l'Humanité légale.


"Tous les hommes qui constituent le gouvernement portent, à des titres divers, la responsabilité de la politique qui a conduit la France à la guerre, à la catastrophe. Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."

Le 18 juin 1940, le Parti communiste a engagé avec les autorités allemandes des négociations pour obtenir la légalisation de l'Humanité dont la publication avait été suspendue en août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

C'est dans ce cadre que les communistes ont préparé un numéro modèle de l'Humanité légale - l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 - dans lequel est notamment reproduit un "communiqué officiel allemand". 

Le 20 juin, Denise Ginollin a soumis à la censure allemande ce numéro zéro ainsi qu'un ensemble de textes devant être publiés dans l'Humanité légale.

En raison des modifications demandées, la militante communiste devait revenir en fin de soirée pour obtenir le visa définitif de la Kommandantur. Son arrestation par la police française ne lui a permis d'honorer ce rendez-vous capital. 

Au final, le premier numéro de l'Humanité légale n'a pas paru et ce à cause... de l'intervention de la police française. Echec provisoire pour les communistes puisqu'une nouvelle négociation a débuté le 26 juin 1940.

Quant à l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 elle a fait l'objet d'une édition clandestine à part entière dans les jours suivants.

Sur le fond, ce numéro approuve la demande d'armistice du 17 juin 1940 en citant le Maréchal Pétain : "il faut tenter de cesser le combat".

Cette citation n'est pas tirée du discours prononcé par le président du conseil le 17 juin 1940 mais de celui publié dans la presse du lendemain. En effet, le texte remis à la presse a été modifié sur un point particulier : la phrase "il faut cesser le combat" du discours original a été remplacé par "il faut tenter de cesser le combat". Cette initiative du ministre des Affaires étrangères Paul Baudouin a été motivée par le constat que certaines unités avaient interprété le message du Maréchal Pétain comme un appel à déposer les armes.


"Notre drapeau, c'est le drapeau de la paix, celui de la lutte contre le capitalisme, celui de la fraternité des peuples"

(L'Humanité du 19 juin 1940 avec un communiqué allemand - Organe central du PCF)
Dans ce deuxième extrait, l'Humanité expose avec clarté son projet pour la France : la paix avec l'Allemagne, la révolution socialiste et l'amitié franco-allemande. Ce projet prendra d'ailleurs la forme d'un programme de gouvernement publié en février 1941 sous le titre Pour le salut du peuple de France.


IL FAUT LIBÉRER LES 
DÉFENSEURS DE LA PAIX

Depuis des mois, des hommes et des femmes sont emprisonnés pour avoir défendu la paix; des députés communistes illégalement déchus de leur mandat sont en prison pour avoir "prôné la paix" comme l'indiquait l'acte d'accusation et, pendant ce temps, les Daladier, les Reynaud et les Mandel sont en liberté, eux qui devraient être sous les verrous parce qu'ils ont conduit la France à l'abîme.
Nous demandons la libération des défenseurs de la paix et ennemis du capitalisme que les fauteurs de guerre ont emprisonnés.
Liberté, LIBERTE pour les hommes de la paix.

(L'Humanité du 19 juin 1940 avec un communiqué allemand - Organe central du PCF)
Dans ce dernier extrait l'Humanité appelle les autorités allemandes à libérer "les défenseurs de la Paix" autrement dit les élus et militants communistes qui été ont condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 pour leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, ainsi que ceux qui pour les même motifs ont été internés administrativement sur la base du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

Le texte fait d'ailleurs référence aux 44 députés communistes condamnés en avril 1940 à des peines de prison "pour avoir prôné la paix" dans une lettre remise au président de la Chambre le 2 octobre 1939.

A l'inverse, l'Humanité estime que "les fauteurs de guerre" qui soutenaient l'intervention contre l'Allemagne nazie doivent être incarcérés. Le journal communiste cite nommément Edouard Daladier, président du Conseil d'avril 1938 à mars 1940, Paul Reynaud, qui lui a succédé avant d'être remplacé par le Maréchal Pétain en juin 1940 et enfin Georges Mandel, ministre des colonies d'avril 1938 à mai 1940, puis de l'Intérieur jusqu'en juin 1940 (Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de janvier 1941 : "La terreur policière devait atteindre son paroxysme lorsqu'au mois de mai 1940 Mandel devint ministre de l'Intérieur.")



Prolétaires de tous les pays unissez-vous !

Proletarier aller Länder, vereinigt euch !

(L'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 - Organe central du PCF)
Distincte de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940, l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 fait partie de la série régulière des Humanités clandestines.

Comme le numéro précédent - l'Humanité n° 55 du 17 juin 1940 - elle appelle en français et en allemand à l'union des prolétaires : "Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !".

Cet appel internationaliste s'adresse à la fois aux travailleurs français et... aux soldats allemands.

Il s'inscrit parfaitement dans la ligne du Parti communiste pour lequel le soldat allemand n'est un envahisseur mais un prolétaire avec lequel il faut s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme.


"Nécessaire réaliser ralliement force du peuple sous forme différents comités assistance, ravitaillement aide pratique aux masses, chômeur réfugiés, blessés, démobilisés.
Déjouant les provocations et actions prématurées néanmoins indispensable soutenir et organiser résistance masses contre mesures violence, spoliations, arbitraire envers peuple de la part envahisseurs. Soulevez haine des masses contre Chiappe et tous les autres agents des envahisseurs.
Indispensable organiser travail correspondant parmi armée occupation et utilisation tout contact population civile avec soldats allemands pour les inciter à renoncer commettre actes de violence et leur faire comprendre que assujettissement peuple français est contraire véritables intérêts peuple allemand.
Indispensable reconstituer immédiatement syndicats introduisant dans directions maximum nos camarades. Obtenir avec concours masses libérations militants communistes et syndicaux emprisonnés et réintégration conseillers et maires communistes à leurs postes. 
[...] Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement l'Humanité en veillant que ces journaux restent sur ligne défense intérêts sociaux et nationaux peuple et ne donnent aucune impression solidarité avec envahisseur ou leur approbation.  [...]
Au cas où membres du Parti, conseillers municipaux, responsables syndicaux ou responsables comité d'aide, travailleraient légalement ou semi-légalement, éviter tout ce qui pourrait donner impression solidarité avec envahisseurs."

(Télégramme de l'Internationale communiste du 22 juin 1940 - signé Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, (Moscou) - envoyé à Eugène Fried, représentant de l'IC auprès du PCF (Bruxelles)) (1)
Le 17 juin 1940, le Gouvernement Pétain engage des négociations avec le Chancelier Hitler pour mettre fin au conflit franco-allemand. La défaite annoncée de la France conduit l'Internationale communiste à adopter le 22 juin 1940 une Directive dans laquelle elle fixe la ligne que devra désormais suivre le Parti communiste français.

La Directive du 22 juin 1940 prescrit au PCF de tirer profit de la présence allemande pour reprendre une activité légale autrement dit de considérer la puissance occupante comme une autorité légitime avec laquelle il peut avoir des contacts voire négocier à la condition toutefois de ne pas "donner impression solidarité avec envahisseurs".



CONSTRUIRE LA PAIX

[...]
L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente.
Nous savons bien, nous autres communistes, qu'il n'y aura de paix véritable que lorsque auront été extirpées les racines profondes de la guerre.
LA PAIX C'EST LE SOCIALISME.
Lutter pour la paix, c'est coordonner l'action des prolétaires de tous les pays dans la lutte pour la victoire du socialisme, de ce socialisme dont l'URSS offre au monde le resplendissant exemple. Tel est notre but.
Préparer cette paix implique que la France ait un gouvernement capable de comprendre et de traduire les aspirations populaires. La France de Juin 1940 ne possède pas un gouvernement. La réunion de quelques généraux battus, d'un Président de la Cour de Cassation, d'un Croix de Feu, d'un administrateur de la Banque d'Indochine, d'un obligé des rhumeries de la Martinique et d'un marchand de cycles n'exprime à aucun degré la volonté du peuple de France.
Les hommes de ce gouvernement n'ont remporté de victoire que sur le front de la répression policière. Ils représentent tout ce qui a causé la défaite du pays, tout ce avec quoi il faut rompre.
Pour négocier la paix, il faut pouvoir parler au nom du peuple. On ne parle pas au nom du peuple quand on tient en prison et dans les camps des milliers de militants du peuple. Seul, sera digne de négocier une paix équitable, le gouvernement qui rendra au prolétariat ses droits et sa liberté.
Assez de représailles anti-ouvrières. Liberté pour le monde du travail.
Assez d'anti-soviétisme imbécile, collaboration active avec le Pays des Soviets
Que disparaissent les fauteurs de guerre, les responsables du désastre, les valets de la Cité de Londres :
PLACE AU PEUPLE !

(l'Humanité n° 57 du 24 juin 1940 - Organe central du PCF)
L'Humanité du 24 juin 1940 consacre sa première page à l'armistice franco-allemand signé le 22 juin 1940 avec un article dont le titre exprime sans aucune ambiguïté le projet du Parti communiste : "Construire la Paix".



 PEUPLE DE PARIS !

L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.

C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le Peuple de France qu'il doit poursuivre la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance".  [...]

Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire, démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple,un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable.  [...]

 La Région Paris-Ville du Parti communiste français.

(Appel au "Peuple de Paris !" du 25 juin 1940)
Le Parti communiste réaffirme son soutien à l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 en diffusant à partir du 25 juin 1940 un Appel au "Peuple de Paris !" dans lequel il accuse le Général de Gaulle d'être au service de "l'impérialisme britannique", dénonce ses appels à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand et enfin plaide pour la constitution d'un gouvernement communiste "décidé à maintenir la paix" avec l'Allemagne nazie.

L'Appel au "Peuple de Paris !" du 25 juin 1940 est le premier texte diffusé par le Parti communiste dans lequel le Général de Gaulle est mentionné.


"L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre, et d'appeler les peuples coloniaux à lutter pour leur indépendance contre les oppresseurs impérialistes. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une  politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte  germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."

(Demande de parution de l'Humanité sous censure allemande du 26 juin 1940)
Le 26 juin 1940, Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France, reçoit à l'ambassade d'Allemagne deux membres du Comité central du Parti communiste français :  Maurice Tréand et Jean Catelas.

A la suite de cette rencontre, les deux dirigeants communistes rédigent une lettre dans laquelle ils demandent officiellement aux autorités allemandes "l'autorisation de publier l'Humanité sous la forme dans laquelle elle se présentait à ses lecteurs avant son interdiction par Daladier au lendemain de la signature du pacte germano-soviétique". 

Pour obtenir l'accord des Allemands, ils indiquent qu'en matière de politique étrangère l'Humanité légale se fixerait pour objectifs de condamner l'impérialisme britannique, de dénoncer le Général de Gaulle et ses Appels à la Résistance et enfin de défendre la Paix avec l'Allemagne nazie !!!


"En bref, la population parisienne n'aime pas les occupants, elles se sent profondément humiliée, mais cependant, et c'est très heureux, on voit se généraliser des attroupements d'ouvriers conversant avec des soldats allemands et les amenant "au bistrot du coin" pour parler plus à l'aise devant une tournée; les conversations de cet ordre roulent toujours sur le capitalisme, sur le socialisme, sur l'URSS pays du socialisme, sur les communistes et d'une manière générale les ouvriers parisiens ne sont pas à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands. [...]

En tout cas la rupture entre le gouvernement Pétain et l’Angleterre s'élargit, un des pro-anglais de l’équipe ministérielle Paul Baudoin représentant du capital colonial a été obligé de parler publiquement contre l’Angleterre et le général de Gaulle au service des britanniques qui croyait pouvoir compter sur des gouverneurs de colonies, sur le général Mittelhauser de l'armée du Levant, voit ses efforts énergiquement contrecarrés par le gouvernement Pétain. [...]

Pour ce qui est de notre programme revendicatif voici où nous en sommes.

Politique intérieure
Libération de tous les défenseurs de la paix, communistes et autres, jetés en prison ou internés dans les camps de concentration pour avoir combattu la guerre. [...]

Politique extérieure 
Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne".

A la suite de l'offensive allemande lancée le 10 mai 1940 sur le front Ouest, l'Internationale communiste adresse le 15 mai 1940 un télégramme à Jacques Duclos et Maurice Tréand, qui sont réfugiés en Belgique depuis octobre 1939, dans lequel elle leur demande de rentrer à Paris : "Considérons opportun installation Jacques [Jacques Duclos] et Legros [surnom de Maurice Tréand] en Suisse. En cas impossibilité ils doivent tenter s'établir en France même" (2). Pour des raisons de sécurité ils ne seront en mesure de quitter Bruxelles que le 14 juin 1940.

Le 15 juin 1940, Jacques Duclos, secrétaire du Parti communiste, et Maurice Tréand, membre du comité central et responsable de la commission des cadres, arrivent à Paris, soit le lendemain de l'entrée des troupes allemandes dans la capitale. Jacques Duclos assume désormais la direction du Parti communiste clandestin puisque Maurice Thorez, le secrétaire général, est à Moscou depuis le 8 novembre 1939 et que Benoît Frachon qui assumait provisoirement cette responsabilité a quitté la capitale le 12 juin 1940 pour s'installer temporairement dans le Limousin. Les dirigeants communistes présents à Paris se sont en effet réunis vers le 10 juin 1940 et ont décidé qu'à l'exception de Jean Catelas et de Gabriel Péri ils quitteraient tous la capitale avant l'arrivée de l'armée allemande.

Le 30 juin 1940, Jacques Duclos rédige à l'attention de l'Internationale communiste un long et détaillé rapport, co-signé par Maurice Tréand, sur la situation de Paris ainsi que les activités légales et illégales du Parti communiste depuis sa prise de fonction le 15 juin 1940.



APPEL
AU PEUPLE DE FRANCE

Ils ont livré à HITLER et à MUSSOLINI : l’ESPAGNE, l'AUTRICHE, l’ALBANIE et la TCHECOSLOVAQUIE. [...]

ET MAINTENANT, ils LIVRENT LA FRANCE. [...]

Pour un gouvernement populaire s'appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du PARTI COMMUNISTE, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s'entendant avec l'URSS pour une paix équitable, luttant pour l'indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes." [...]


 LE PARTI COMMUNISTE FRANCAIS

Appel au Peuple de France de juin 1940 (Bordeaux) (1)
A la fin de juin 1940 ou au début de juillet 1940, le Parti communiste diffuse dans la région de Bordeaux un "Appel au Peuple de France" dans lequel il appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui négociera une "paix équitable" avec l'Allemagne nazie grâce au soutien de l'URSS.

Ce tract bordelais est conforme à la ligne fixée par la direction centrale du PCF.

Précisons que les mots "fascisme hitlérien" désignent le gouvernement du Maréchal Pétain et non les armées allemandes. Pour étayer cette affirmation on citera la brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 dans laquelle Charles Tillon décrit le gouvernement du Maréchal Pétain en ces termes : "l'Ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" (2). 



JUILLET 1940



PREMIÈRE PARTIE 

LA SITUATION

Le peuple de français se trouve devant une situation nouvelle :
A situation nouvelle, position nouvelle et formes nouvelles d'action et d'organisation.

L'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire.
Résultat et suite logique de Munich : trahison et politique réactionnaire.

BILAN. - L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre.

La classe ouvrière française et mondiale doit retenir cet événement comme une victoire et comprendre qu'il faut voir là un ennemi de moins. Il importe donc de mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive. Il ressort, à la constatation de cet état de chose, que la lutte du peuple français a eu le même objectif que la lutte de l'impérialisme allemand contre l'impérialisme français. Il est exact qu'en ce sens ce fut un allié occasionnel. 
(Lénine nous a appris qu'il nous faut pas hésiter, lorsque la situation le commande et lorsqu'il y va de l'intérêt du peuple, de s'allier - occasionnellement - même eu diable.) Se souvenir de la lettre de Lénine aux ouvriers américains (1918) et disant que quiconque ne comprend pas cela n'est pas révolutionnaire. [...]
 
CE QUI EN RESULTE . — Le P.C. n'est plus tout à fait illégal. Il est semi-illégal.

Exemple : Des distributeurs de tracts, arrêtés par la police française, sont relâchés le lendemain après intervention de la Kommandantur. Les prisonniers politiques, dans les régions occupées, sauf toutefois tous les députés, sont libérés par les troupes allemandes en même temps que les membres de la cinquième colonne emprisonnés.

En Belgique, Hollande, Danemark et Norvège, le P. C. est légal. La voix du Peuple, organe belge du P.C. paraît. Les communistes se sont emparés de la direction de la ville de Liège et du bassin minier de Charleroi. D'autres communes sont sous la direction des communistes.

En France, nous devons déplorer des fautes politiques. La radio soviétique — le Komintern — avait donné aux militants parisiens le mot d'ordre suivant : Ne pas quitter Paris quoi qu'il arrive.

L'Humanité devait paraître, légalement, aussitôt l'entrée des troupes allemandes, qui se seraient trouvées devant le fait accompli. La copie était prête, mais le personnel faisait défaut.
Le Parti a, ensuite, eu des contacts avec la Kommandantur pour la parution de l'Humanité; la copie était approuvée — les journaux devant subir le visa des autorités d'occupation — mais on invita nos camarades à changer le titre du journal et à abandonner : organe central du P. C., ainsi que la faucille et le marteau, ce que nos camarades refusèrent en considérant comme impossible le fait de changer le titre, l'Humanité étant tout un programme. Les autorités allemandes répliquèrent qu'il leur était difficile d'autoriser l'Humanité sous sa forme légale, parce que Mussolini et Franco — qui ont du lutter contre le communisme — verraient cela d'un mauvais œil.
Alors se posa la question d'un organe du soir, qui fut parait-il accordé, et Ce soir doit paraître incessamment. Sa parution déjà annoncée doit rencontrer des difficultés de tous ordres.

EN RÉSUMÉ, l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité, et cela ne sera que dans la mesure où nous serons l'imposer, par une liaison étroite avec la masse; dans la mesure où nous saurons nous organiser et organiser le peuple d'une façon pratique dans des formes appropriées à la situation.
C'est une lutte de vitesse et de finesse.

(Instructions de juillet 1940)
En juin 1940, suivant les prescriptions de l'IC, le Parti communiste a sollicité les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités qui étaient interdites depuis septembre 1939.

Cette tentative de collaboration a débuté le 18 juin 1940 autrement dit avant même la signature de l'armistice franco-allemand pour s'achever le 27 août 1940 sur un échec.

Après cet échec le Parti communiste a continué de se mobiliser pour sa légalisation en incitant les masses à multiplier les démarches auprès de la puissance occupante pour qu'elle autorise ses activités. Ce n'est qu'après la vague d'arrestations d'octobre 1940 qu'il a finalement abandonné son projet de légalisation.

Cette ligne légaliste reconnaissant les autorités allemandes comme des autorités légitimes a été au centre de ses Instructions de juillet 1940.

Dans ce texte, le Parti communiste célèbre la défaite de la France comme une "victoire" pour "la classe ouvrière française et mondiale", reconnait que dans son combat contre "l'impérialisme français" l'Allemagne nazie a été un "allié occasionnel", fait état de la libération de militants communistes par les autorités allemandes, rend compte de ses négociations avec la puissance occupante et enfin définit sa ligne politique à court terme : "l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité".


LES REVENDICATIONS DU PEUPLE DE FRANCE

Le Peuple de France soucieux d'assurer le redressement économique et moral du pays demande :
1°) La libération de tous les défenseurs de la Paix et le rétablissement dans leurs fonctions des élus du peuple déchus de pour avoir défendu la Paix. [...]
7°) Le maintien de la Paix et la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et qui permettrait la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique pour éviter la famine.

(L'Humanité n° 58 du 1 juillet 1940 - Organe central du PCF)
Sous le titre "LES REVENDICATIONS DU PEUPLE DE FRANCE" l'Humanité détaille les mesures qui forment le projet du Parti communiste.

En matière de politique extérieure, l'Humanité demande "le maintien de la Paix" et la conclusion d'un "pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique".

Sur le plan intérieur, l'Humanité demande notamment la libération "de tous les défenseurs de la Paix" autrement dit des militants et élus communistes condamnés pour défaitisme ainsi que le rétablissement dans leurs fonctions des élus communistes déchus de leurs mandats "pour avoir défendu la Paix" autrement dit l'abrogation de la loi du 20 janvier 1940.


PAS POUR L'ANGLETERRE

Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX.

(L'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 - Organe central du PCF)
Dans son numéro du 1er juillet 1940, l'Humanité mentionne pour la première fois le Général de Gaulle.

Pour l'organe central du Parti communiste français, le chef de la France Libre n'est pas un patriote dont le projet est de libérer la France par les armes avec le concours de l'Angleterre mais un "agent de la finance anglaise" qui veut par vénalité "faire battre les Français pour la City".

Cet argument justifiant la condamnation du mouvement gaulliste est résumé dans le titre du texte : "Pas pour l'Angleterre".

Quant aux Appels du Général de Gaulle, l'Humanité répond clairement et avec vulgarité par la négative en invoquant le "mot de Cambronne".

Dernier élément, le journal communiste plaide en faveur de "l'indépendance des peuples coloniaux" pour empêcher l'implantation de la France Libre dans les territoires de l'Empire français.

Acte de naissance de l'anti-gaullisme du Parti communiste français, l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 sera suivi d'autres numéros dans lesquels le Général de Gaulle et la Résistance seront insultés et calomniés.


"Tout le monde est content que la guerre soit finie, les appels du Général de Gaulle restent sans échos, mais il n'empêche que les conditions de l'armistice sont jugées dures".

(Lettre de Jacques Duclos du 2 juillet 1940 adressée à Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF (Bruxelles)) (1)
Responsable de l'antenne de l'IC à Bruxelles, Eugen Fried assure une liaison entre Moscou et les Partis communistes d'Europe occidentale qu'il a pour mission de contrôler. 

C'est pour cette raison que Jacques Duclos lui adresse un rapport sur la situation parisienne et les activités du Parti communiste dans une lettre du 2 juillet 1940. Dans l'extrait tiré de ce rapport, le responsable du Parti communiste clandestin fait état des appels du Général de Gaulle, souligne qu'ils "restent sans échos" et donne l'explication de cet échec : "tout le monde est content que la guerre soit finie".

Le constat que la population parisienne n'est pas sensible aux appels à la Résistance du Général de Gaulle explique le silence de la propagande communiste concernant le Chef de la France libre de juillet 1940 à la fin de septembre 1940 et les événements de Dakar.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes Le PCF et l'Internationale n° 52-53, 2e et 3e trimestre 1993, p. 205 (Lettre intégrale).


"De plus il faut recommander aux travailleurs le contact avec les soldats occupants de façon à établir des liens fraternels étant bien entendu que rien de ce qui opprime le peuple français ne sert le peuple allemand."

(Lettre de Jacques Duclos du 3 juillet 1940 adressée à Martha Desrumeaux, responsable de la région Nord-Pas-de-Calais) (1)
La région Nord-Pas-de-Calais dirigée par Martha Desrumeaux est la première région avec laquelle la direction centrale du PCF renoue une liaison.

Dans une lettre du 3 juillet 1940, Jacques Duclos prescrit à cette direction régionale d'encourager les contacts entre les "travailleurs" et "les soldats occupants" de façon à "établir des liens fraternels".



LE PEUPLE DE FRANCE VEUT LA PAIX.

Il demande d'énergiques mesures contre tous ceux, qui par ordre de l'Angleterre impérialiste, voudraient entraîner à nouveau les Français dans la guerre.
Il demande la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe.
Il demande la conclusion d'un accord commercial avec l'URSS en vue d'aider notre pays à surmonter ses difficultés de ravitaillement.

(L'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940 - Organe central du PCF)
Dans son numéro du 4 juillet 1940, l'Humanité affirme que "le peuple de France veut la paix" avec l'Allemagne nazie et qu'en conséquence il exige "d'énergiques mesures" contre le Général de Gaulle qui est non seulement un belliciste puisqu'il veut "entraîner à nouveau les Français dans la guerre" mais aussi un traître puisqu'il agit sur "ordre de l'Angleterre impérialiste".

Le journal communiste encourage donc les autorités allemandes et le Gouvernement Pétain à réprimer le mouvement gaulliste qui constitue en juillet 1940 l'embryon de la Résistance !!!

Si la condamnation des Résistants qui refusent de se soumettre aux nazis est la condition préalable à l'ouverture de négociations de paix entre un gouvernement communiste et Hitler, c'est le soutien de l'URSS qui en garantira le succès.

C'est pour cette raison que l'Humanité plaide pour la signature "d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe".

Pour les communistes les relations germano-soviétiques doivent servir de modèle aux futures relations pacifiques entre la France et l'Allemagne.

Enfin, illustration que le régime soviétique sera le partenaire privilégié de la France tant sur le plan diplomatique qu'économique, l'Humanité plaide aussi pour la signature d'un "accord commercial avec l'URSS".

Tous ces éléments sont conformes à la ligne politique que Jacques Duclos a détaillé dans son rapport à l'IC du 30 juin 1940.

Pour terminer, on rappellera les "énergiques mesures" prises par le Gouvernement Pétain puis le Régime de Vichy contre le Général de Gaulle en raison de son engagement à poursuivre le combat contre l'Allemagne nazie :



TRAVAILLEURS FRANCAIS ET SOLDATS ALLEMANDS.

Il est particulièrement réconfortant, en ces temps de malheurs, de voir de nombreux travailleurs parisiens s'entretenir amicalement avec des soldats allemands, soit sur la rue, soit au bistrot du coin.
Bravo, camarade, continuez, même si cela ne plait pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants.
La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante.

(L'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940 - Organe central du PCF)
Outre un plaidoyer en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie ("Le peuple de France veut la paix") l'Humanité du 4 juillet 1940 publie aussi un texte célébrant les contacts entre la population parisienne et la Wehrmacht sous le titre "Les travailleurs français et les soldats allemands".

Dans ce texte l'Humanité se réjouit de constater que dans les rues ou dans les bistrots de Paris les travailleurs français s'entretiennent "amicalement avec les soldats allemands".

Ces scènes de fraternisation entre l'occupant et l'occupé sont une source de "réconfort" pour le journal communiste qui considère que les soldats allemands sont avant tout des prolétaires avec lesquels il faut s'unir pour combattre l'ennemi commun : le capitalisme.

Illustration de cette lutte des classes, l'Humanité souligne que seuls "certains bourgeois aussi stupides que malfaisants" condamnent cet accueil chaleureux que le prolétariat parisien a réservé aux envahisseurs nazis.

Pour toutes ces raisons, l'Humanité non seulement félicite "les camarades" qui sympathisent avec les Allemands mais en plus les encourage à amplifier le mouvement pour réaliser cette espérance communiste : "la fraternité des peuples".

Le thème de la fraternité des peuples, qui signifie avant tout la fraternité franco-allemande, sera une constante de la propagande communiste jusqu'au... 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes. Pour comparaison, on citera la Une de l'Humanité du 24 août 1944 : "Pour en finir avec l'envahisseur exécré : A chaque Parisien son Boche !"


 PEUPLE DE FRANCE !

Un mauvais coup se prépare contre notre pays.
Les ploutocrates après avoir conduit la France à la guerre et à la défaite se préparent à la réduire en esclavage.
Laval et Pétain vont faire adopter à Vichy par des parlementaires domestiqués une Constitution qui étranglera toutes nos libertés déjà suspendues pendant la guerre et ménagera des jours heureux aux ploutocrates, aux profiteurs.
Ces Messieurs veulent faire un seul Parti, mais depuis Septembre dernier, avec Daladier, Blum; Reynaud, Mandel, etc.. ils constituaient tous le Parti de la guerre, couvert de crimes, face au Parti de la Paix : le Parti communiste.  [...]
A l'heure où n'hésitant pas à violer la légalité, des Ministres indignes veulent faire de Vichy le cimetière de nos droits et de libertés : FRANCAIS : UNISSEZ-VOUS, (mot illisible) LE FRONT DE LA LIBERTE, DU TRAVAIL ET DE L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE.  [...]
A BAS LE GOUVERNEMENT DES PLOUTOCRATES
VIVE LE GOUVERNEMENT DU PEUPLE, AU SERVICE DU PEUPLE

Au nom du Comité Central 
du Parti Communiste Français

Maurice THOREZ                                                            Jacques DUCLOS
            Secrétaire général                                                                 Secrétaire

(L'Humanité n° 60 du 7 juillet 1940 - Organe central du PCF)
L'Humanité du 7 juillet 1940 publie un Appel au "Peuple de France !" signé par Maurice Thorez et Jacques Duclos. Ce texte porte la signature de Maurice Thorez bien qu'il ne soit pas présent sur le territoire français. En effet, après sa désertion en octobre 1939, le secrétaire général du Parti communiste s'est installé en Belgique avant de rejoindre... Moscou en novembre 1939. L'ajout de cette signature vise à convaincre les militants communistes que c'est Maurice Thorez qui dans la clandestinité dirige le Parti.

Dans cet Appel au "Peuple de France !", le Parti communiste condamne le projet de modification constitutionnelle qui doit attribuer les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain en avançant deux arguments : 1) ce projet est soutenu par ceux, qui avant la signature de l'armistice franco-allemand, constituaient le "Parti de la guerre", 2) cette modification constitutionnelle ne profitera qu'aux "ploutocrates, aux profiteurs" autrement dit aux capitalistes.  Il appelle ensuite le peuple de France à se rassembler dans un "FRONT DE LA LIBERTE, DU TRAVAIL ET DE L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE" qui aura pour mission de soutenir la constitution d'un "GOUVERNEMENT DU PEUPLE" dirigé exclusivement par le Parti communiste, le "Parti de la Paix".

C'est donc au nom de la Paix que le Parti communiste s'oppose à l'attribution des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.


ECOUTONS LES REVENDICATIONS DE LA JEUNESSE DE FRANCE

Voici neuf mois que l'horrible cauchemar de la guerre a été déclenché. [...]
L'armistice maintenant est signé. Les canons se sont tus sur les champs de bataille. [...]
Les jeunes reviennent, encore imprégnés des horreurs de l'exode qu'ils viennent de vivre. Ils connaissent la misère.
Au moment où l'on parle du redressement économique de la France, ils veulent que leur voix soit entendue et qu'on la considère à juste valeur comme la voix de l'avenir.
Ils demandent : [...]
7° - L'institution d'une paix durable. [...]
8° - Au redressement de la France, oui la jeunesse veut bien y participer. Elle le réclame même. Le Maréchal PETAIN déclare avoir toute la jeunesse avec lui pour réaliser son programme. Non la jeunesse de France ne croit pas que le gouvernement PETAIN réponde à ses inspirations. Elle réclame la création d'un gouvernement populaire à l'image du peuple de France, débarrassé de toute racine avec les 200 familles, ayant lutté contre la guerre et pour le bien-être du peuple.
Ainsi la jeunesse pourra avec courage voir en l'avenir.
Pour le socialisme nous conquerrons le Travail, la Paix, la Liberté.
Jeunes pour nos revendications, en avant.
Vive la Fédération des Jeunesses Communistes de France.

(L'Avant-Garde n° 15 de juillet 1940 - Organe central des Jeunesses communistes)
Premier numéro de l'organe central des Jeunesses communistes publié après la défaite de la France, L'Avant-Garde n° 15 de juillet 1940 approuve l'armistice franco-allemand et plaide pour la constitution d'un gouvernement communiste qui garantira "l'institution d'une paix durable".

A l'opposé des Appels du Général de Gaulle exhortant les Français à s'engager dans la Résistance, les Jeunesses communistes appellent la Jeunesse de France à se mobiliser pour la Paix avec l'Allemagne nazie.



"L'OUVRIER ALLEMAND SOUS L'UNIFORME N'EST PAS VOTRE ENNEMI, CAUSEZ AVEC LUI."

(L'Avant-Garde n° 16 de juillet 1940 - Organe central des Jeunesses communistes)
Suivant l'exemple de l'Humanité, L'Avant-Garde n° 16 de juillet 1940 encourage les jeunes français à sympathiser avec les Allemands en avançant l'argument qu'un soldat de la Wehrmacht est avant tout un "ouvrier allemand".

Invoquant son internationalisme, le Parti communiste considère en effet que les soldats allemands qui défilent dans les rues de Paris ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires qui ont été les victimes de l'impérialisme français entre les deux guerres et avec lesquels il faut maintenant s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme.

Pour diffuser cet appel à fraterniser avec l'ennemi les Jeunesses communistes peuvent compter sur leurs militants et notamment Guy Môquet.

On rappellera que les n° 15 et 16 de L'Avant-Garde ont été publiés entre le 6 et le 20 juillet 1940.


"Le peuple demande la libération des élus et militants communistes, qui ont lutté pour la Paix
LA LIBERTE POUR LES DEFENSEURS DE LA PAIX, LE CHATIMENT POUR LES RESPONSABLES DE LA GUERRE"

(L'Humanité n° 61 du 13 juillet 1940 - Organe central du PCF)
L'Humanité appelle les autorités allemandes à libérer les élus et militants communistes emprisonnés en rappelant qu'ils ont été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie. A l'inverse, l'Humanité estime que les responsables de la guerre d'agression contre l'Allemagne nazie doivent être arrêtés et jugés pour ce motif.

Après le 22 juin 1941, les militants et élus communistes emprisonnés ne seront plus qualifiés de "Défenseurs de la Paix".


FRATERNITE FRANCO-ALLEMANDE

Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient.
Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître, et quand on dit aux soldats allemands que les Députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la Paix, quand on leur dit qu'en 1923, les Communistes se dressèrent contre l'occupation de la Rhur, on travaille pour la fraternité franco-allemande.

(L'Humanité n° 61 du 13 juillet 1940 - Organe central du PCF)
Dans une France occupée par les armées du IIIe Reich, l'Humanité du 13 juillet 1940 célèbre "la fraternité franco-allemande".

En effet, le constat que "les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient" est agrémenté de ce commentaire enthousiaste et approbateur du journal communiste : "Nous en sommes heureux".



"De plus ce qui révolte la population c'est de voir des prisonniers (il y a plusieurs camps autour de Paris) gardés et parfois brutalisés par des gardes-mobiles. [...]
Pour ce qui est des soldats allemands qui gardent les prisonniers ils sont « chics » et se conduisent humainement. Ces soldats s'efforcent de faciliter aux femmes qui vont voir soit un fils soit le mari soit un frère l'approche du camp et permettent de passer lettres et paquets « à la sauvette ». [...]
Naturellement les prisonniers ont une opinion différente des formations du « Service Social » purs nazis dont il faut se méfier. [...]
Nous allons entreprendre une campagne pour l'amélioration du sort des prisonniers et rechercher nos amis dans les divers camps afin d'y faire fonctionner nos organisations et développer systématiquement la fraternisation avec les soldats allemands."

(Lettre du 18 juillet 1940 de Jacques Duclos secrétaire du PCF, adressée à l'IC) (1)
Dans son rapport à l'IC du 18 juillet 1940, Jacques Duclos décrit les rapports des prisonniers de guerre avec les garde-mobiles français ("révolte"), les soldats allemands ("chics") et les nazis ("se méfier") avant de fixer l'objectif des organisations communistes dans ces camps de prisonniers : "développer systématiquement la fraternisation avec les soldats allemands".

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes Le PCF et l'Internationale n° 52-53, 2e et 3e trimestre 1993, pp. 221-222 (Lettre intégrale).


"Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupants représente tâche capitale. Nécessaire corriger formule sur maintien armistice qui peut laisser croire que vous en approuvez les conditions. Préférable garder silence sur de Gaulle et ne pas mettre accent contre Angleterre afin de ne pas faciliter politique Pétain et ses protecteurs. Juste proposer entente avec URSS, mais sans la présenter comme complément pacte germano-soviétique et sans parler pacification Europe."

(Télégramme de l'Internationale communiste du 20 juillet 1940 - signé Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, (Moscou) - envoyé au PCF (Paris)) (1)
Le télégramme du 20 juillet 1940 contient la Directive adoptée le 19 juillet 1940 par l'Internationale communiste sur la base des documents qu'elle a reçus de la direction parisienne du PCF.

Dans l'extrait cité, l'Internationale communiste présente la fraternisation avec les "soldats occupants" comme une "tâche capitale" qui doit notamment être menée par des "femmes bien préparées".



UNE CONVERSATION AVEC UN SOLDAT ALLEMAND

Nous avons eu l'occasion d'entendre une conversation entre un travailleur parisien et un soldat allemand. L'ouvrier parisien disait : "Nous sommes les ennemis des capitalistes français et les amis de tous les peuples, allemand, italien, anglais etc... ainsi que des peuples coloniaux. Quand les impérialistes français occupèrent la Rhur, les travailleurs français, derrière le Parti Communiste combattirent l'occupation, car nous savions qu'un peuple qui en opprime un autre ne peut être libre. Les impérialistes français ont voulu la guerre, mais des milliers d'ouvriers ont lutté pour la paix et sont emprisonnés.
Cà, c'est la vraie France, France de la liberté et de l'indépendance des peuples.

(L'Humanité n° 65 du 27 juillet 1940 - Organe central du PCF)
L'Humanité du 27 juillet 1940 met en scène une conversation entre "un travailleur parisien et un soldat allemand" pour illustrer les thèmes suivants :

- la fraternité des peuples et la fraternité franco-allemande : les communistes sont "les amis de tous les peuples, allemand, italien, anglais etc... ainsi que des peuples coloniaux".
- la condamnation du capitalisme français : les communistes sont "les ennemis des capitalistes français". Les capitalistes allemands ne sont pas nommés. Un oubli surement....



Nous continuons la lutte

[...]
Travailleurs, 
Groupez-vous tous autour des communistes  :
1°) Pour exiger la libération des emprisonnés.
2°) Pour le rétablissement dans leurs droits de représentants du peuple des élus communistes déchus pour avoir défendu la PAIX. [...]
7°) Pour le maintien de la Paix et pour la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique, qui permettra la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique et nous évitera la famine. [...]
9°) Pour l'installation d'un gouvernement populaire, composé d'hommes honnêtes ayant lutté contre la guerre, n'ayant pas d'attache avec les capitalistes et ayant donné des preuves de leur attachement à la cause du peuple. [...]

LA REGION

(L'Enchainé n° 11 de juillet 1940 - Organe régional du PCF - Nord-Pas-de-Calais)
La Région Nord-Pas-de-calais du Parti communiste suit fidèlement la ligne fixée par la direction centrale en publiant dans l'Enchaîné n° 11 de juillet 1940 le manifeste "Nous continuons la lutte" (pour la Paix avec l'Allemagne nazie) dans lequel elle reprend les revendications formulées dans l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 :
- "maintien de la Paix".
- libération des élus et militants communistes condamnés pour défaitisme.
- rétablissement dans leur fonctions des élus communistes déchus de leurs mandats "pour avoir défendu la PAIX."
- signature d'un pacte d'amitié franco-soviétique.
- constitution d'un gouvernement dirigé par le PCF.

On rappellera que la direction centrale du Parti communiste a reconstitué une liaison avec Martha Desrumeaux qui assume la responsabilité de la Région Nord-Pas-de-calais et qu'elle peut ainsi lui adresser des instructions (lettre du 3 juillet 1940) et du matériel de propagande qui se compose de l'Humanité et des tracts les plus importants (un extrait de l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 sera publié dans  l'Enchaîné n° 13 de septembre 1940).


PEUPLE DE FRANCE !

Notre Pays connait maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la GUERRE, de la DÉFAITE, de L’OCCUPATION. [...]

Seuls, les communistes ont lutté contre la guerre !
Seul, debout dans la tempête, fidèle à sa politique de paix, notre Grand Parti Communiste s’est dressé contre la guerre, comme il s’était dressé seul contre l’occupation de la Ruhr par Poincaré, parce qu’il a toujours été CONTRE L’OPPRESSION D’UN PEUPLE PAR UN AUTRE PEUPLE.
Nous, Communistes, nous avons défendu le Pacte germano-soviétique parce qu’il était un facteur de paix, et dès le premier mois de la guerre, alors que la répression s’était abattue sur nous, face à tous les profiteurs, affairistes et politiciens pour qui la guerre était une fructueuse entreprise NOUS AVONS RÉCLAMÉ LA PAIX par l’envoi d’une lettre des Députés Communistes au Président de la Chambre.
C’est pour cela que ces députés ont été emprisonnés et condamnés, c’est pour cela que des milliers de communistes ont été jetés dans les cachots et les camps de concentration cependant que, sous la menace de la prison et du peloton d’exécution, nos militants ont continué vaillamment la lutte pour la Paix. [...]

 La France veut vivre libre et indépendante [...]
Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE.

Les droits du Peuple [...]
Le Peuple a le droit d’exiger la libération des défenseurs de la Paix et le rétablissement dans leurs droits et fonctions des élus qui ont combattu la guerre.

Une Paix véritable
Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes. [...]
En défendant le pacte germano-soviétique, en Août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd’hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l’indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique.

Un Gouvernement du Peuple
Pour relever la France, pour remettre la France au travail, pour assurer son indépendance dans la Paix, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour libérer notre Pays des chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression il faut chasser le Gouvernement de traîtres et de valets dont le chef Pétain a dit cyniquement aux blessés, aux réfugiés, à ceux qui ont tout perdu :  « l’Etat ne pourra rien pour vous ». [...]
C’est un tout autre gouvernement qu’il faut à la France.
Un gouvernement que l’unité de la Nation rendra possible demain; un gouvernement qui sera le Gouvernement de la renaissance nationale composé d’hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels n’ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du Peuple, du Peuple seul et agissant  exclusivement dans l’intérêt du Peuple. [...]
Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d’exploitation et de corruption, qui a déjà disparu sur un sixième du Globe en URSS, sous le signe de l’unité et de l’indépendance de la Nation; sous le signe de la fraternité des Peuples, nous serons les artisans de la renaissance de la France.

Au nom du Comité Central 
du Parti Communiste Français :

MAURICE THOREZ                                            JACQUES DUCLOS
                Secrétaire Général                                                      Secrétaire

Dans son Appel au "Peuple de France !" publié à la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - le Parti communiste affirme qu'il est le seul parti légitime pour négocier avec Hitler une "Paix véritable" car "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre !".

Plaidoyer pour un Gouvernement de Paix communiste, cet Appel au "Peuple de France" sera pourtant célébré par l'historiographie officielle comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original.


JEUNESSE DE FRANCE !


Au milieu des désastres qui se sont abattus sur notre pays, au milieu des ruines et des deuils, la jeunesse de France se demande de quoi demain sera fait, elle se demande quelle est la voie à suivre pour sortir du chaos, du désordre, de la misère dont le monde capitaliste donne le répugnant spectacle. [...]

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES peuvent voir que la guerre a été faite pour le profit de quelques parasites capitalistes dont Daladier (1), Reynaud (2), Mandel (3) et Cie ont été les fondés de pouvoir. [...]

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES ne peuvent ignorer que seuls les communistes ont eu le courage de réclamer la paix.

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES ne peuvent ignorer que pour avoir défendu la paix les communistes ont été emprisonnés par milliers, qu'ils ont été odieusement persécutés, et que le ministre Sérol porte devant l'Histoire la terrible responsabilité d'avoir pris contre les communistes le décret de la peine de mort (4). [...]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS !

Oui Jeunesse de France ardente et courageuse, il faut débarrasser la France de ceux qui ont fait son malheur.

JEUNES OUVRIERS, JEUNES PAYSANS, ÉTUDIANTS, JEUNES FILLES vous qui porter en vous de grandes espérances UNISSEZ-VOUS. Là-bas à l'est de l'Europe l’Étoile Soviétique vous montre le chemin de la libération; entrez dans la lutte avec résolution, avec confiance, avec foi, car vous êtes la génération qui va, avec leurs aînés, faire le monde nouveau.

JEUNES GENS DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA LIBÉRATION DE TOUS CEUX QUI ONT ÉTÉ EMPRISONNÉS POUR AVOIR DÉFENDU LA PAIX.

LE CHÂTIMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE ET DE LA DÉFAITE.
[...]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA CONCLUSION D'UN PACTE D’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L'UNION SOVIÉTIQUE.

LA CONSTITUTION D'UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE AU SERVICE DU PEUPLE SEUL CAPABLE DE RELEVER LA FRANCE, ET D'ASSURER LA PAIX DANS LA LIBERTÉ ET L’INDÉPENDANCE DE NOTRE PAYS.
[...]

JEUNES DE FRANCE ENROLEZ-VOUS sous les plis du drapeau de notre grand Staline, le drapeau du COMMUNISME. Répondez à l'Appel de la JEUNESSE COMMUNISTE et de son président Raymond GUYOT; Marchez avec Confiance derrière le PARTI COMMUNISTE qui avec ses chefs THOREZ, DUCLOS, MARTY, FRACHON, BONTE, FAJON, donne l'exemple de la fidélité à la cause du Peuple et montre le chemin de l'avenir. [...]

VIVE L'UNION DE LA JEUNESSE DE FRANCE


LA FÉDÉRATION DES JEUNESSES COMMUNISTES DE FRANCE

(Appel à la "Jeunesse de France" de juillet 1940)

(1) Edouard Daladier : président du Conseil d'avril 1938 à mars 1940.
(2) Paul Reyaud : président du Conseil de mars à juin 1940.
(3) Georges Mandel : ministre des colonies d'avril 1938 à mai 1940 puis de l'Intérieur de mai à juin 1940. [Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de janvier 1941 : "La terreur policière devait atteindre son paroxysme lorsqu'au mois de mai 1940 Mandel devint ministre de l'Intérieur."]
(4) Le décret-loi du 9 avril 1940 dit décret Sérol assimilait à la trahison passible de la peine de mort "l'entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale".
A la fin de juillet 1940 les Jeunesses Communistes lancent un Appel à la "Jeunesse de France" dans lequel elles affirment que seul un gouvernement communiste sera "capable de relever la France et d'assurer la paix" avec l'Allemagne nazie.



AOUT 1940



Extrait n° 1 :

"L'ARMISTICE DÉBUT D'UNE AUTRE GUERRE... [...]
Pas plus que le Munich de 1938, l'armistice de capitulation des munichois de Bordeaux n'est la paix.
L'armistice demandé par les 200 familles, s'il a mis fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, ne signifie pas la fin de la guerre impérialiste, mais la mise à la disposition d'Hitler du potentiel économique et militaire de la France, de ses possessions, afin que les 200 familles puissent encore agir, même en favorisant la guerre contre l'Angleterre, en vue de l'agression dont ils rêvent contre l'URSS, et de bénéficier d'un nouveau partage du monde, en échange de l'exploitation sanglante du pays." (1)

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Extrait n° 2 :

"La classe ouvrière n'oubliera pas qu'une autre issue aurait pu être trouvée pour la France, si tous les partis n'avaient pas, ensemble, réprimé l'appel du Parti communiste qui demandait notamment en mai 1940 (par l'Humanité illégale et ses publications éditées au prix de tant d'abnégation) le rétablissement des libertés démocratiques, des mesures brisant la 5e colonne, un gouvernement sans traîtres, et capable de faire appel à l'Union Soviétique pour pratiquer une politique d'amitié confiante, permettant sa collaboration en faveur du rétablissement de la paix véritable dans le monde." (2)

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Extrait n° 3 :

"La vérité tragique est maintenant perceptible à tous les français honnêtes : les communistes accusés de trahison parce qu'ils s'opposaient aux plans criminels des 200 familles, condamnés à des siècles de prison pour avoir réclamé la paix quand elle était possible sans désastre, et pour s'être opposés à la transformation de la France en Dominion de l'Angleterre, les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes dont l'amour véritable de la Patrie exige que celle-ci soit libérée de ses exploiteurs et de ses traîtres." (3)

Brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 (Manifeste de Bordeaux)
Datée d' "AOUT 1940", la brochure "Union du peuple pour libérer la France" a été rédigée par Charles Tillon, dirigeant communiste qui assumait alors dans la région de Bordeaux la fonction de responsable inter-régional pour tout le Sud-ouest.

Tiré à 300 exemplaires, ce bulletin d'information de 20 pages a été diffusé au début de septembre 1940 dans les cinq départements du Sud-ouest avec un double objectif : rappeler aux cadres communistes la ligne du Parti et leur permettre de diffuser sous la forme de tracts les textes qui composaient cette publication.
 
On peut retenir des trois extraits cités les points suivants :

- Dénonciation du caractère impérialiste de la guerre contre l'Allemagne nazie. (extrait n° 1)
- Condamnation de l'armistice pétainiste au motif qu'il ne mettra pas fin à la guerre impérialiste (extrait n° 1). Autrement dit seul un Gouvernement communiste est légitime pour signer un armistice ou un traité de paix avec l'Allemagne.
- Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) (extraits n° 2 et 3).
- Révolutions socialiste (libération sociale) (extrait n° 3).
- Anglophobie (extrait n° 3).

Par son contenu pacifiste, anti-républicain et anglophobe, la brochure de Charles Tillon couramment désignée comme "le manifeste de Bordeaux" prouve que la ligne politique suivie par les communistes bordelais à l'été 1940 était en totale conformité avec celle définie par la direction centrale du Parti communiste.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 55-56.
(2) Ibid. p. 57.
(3) Ibid. p. 56.


"Des renseignements que nous avons concernant les milieux estudiantins il résulte qu'il y a parmi les étudiants un courant anti-allemand généralement anti-nazi, une hostilité plus ou moins grande à l'égard du gouvernement Vichy avec une sympathie assez marquée pour l'Angleterre et pour de Gaulle (dans notre propagande nous ne disons rien de l'Angleterre ni de ce général depuis des semaines). Ces mêmes étudiants sont dans l'expectative en ce qui concerne l'URSS, mais on peut les rassembler et les faire évoluer sous le drapeau de la lutte pour l'indépendance de la France."
Dans son rapport à l'IC du 5 août 1940, Jacques Duclos consacre un passage aux étudiants parisiens centré sur leurs sentiments et les conditions de leur recrutement.

Sur le premier point, il décrit les sentiment des étudiants parisiens à l'égard de l'occupant ("anti-allemand"), de Vichy ("hostilité"), de l'Angleterre et du Général de Gaulle ("sympathie"), et enfin de l'URSS ("expectative").

Quant au second, il indique que le recrutement de militants parmi ces étudiants ne sera un succès qu'à la condition de leur montrer que le projet pacifiste du Parti communiste garantira "l'indépendance de la France" : ce sera la finalité de l'Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940.

Ce passage permet aussi à Jacques Duclos de répondre favorablement au télégramme de l'IC du 20 juillet 1940 recommandant de "garder silence sur de Gaulle" en affirmant que la propagande communiste ne fait plus référence ni à "l'Angleterre", ni "à ce général" depuis des semaines. Effectivement, la dernière mention du Général de Gaulle dans l'Humanité date du 4 juillet 1940. La lettre de Jacques Duclos à Eugen Fried du 3 juillet 1940 nous donne la raison qui expliquera ce silence : "les appels du Général de Gaulle restent sans échos". Cette consigne sera respectée par la propagande communiste jusqu'à la fin de septembre 1940 et la bataille de Dakar.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 95 (Lettre intégrale).



SEPTEMBRE 1940



A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !

La guerre impérialiste qui continue met en lumière l'acharnement mis des deux côtés pour s'emparer des colonies comme si les peuples étaient un vulgaire bétail.
En Indo-Chine et en Extrême-Orient s'opposent les intérêts du Japon, de l'Angleterre et des Etats-Unis, alors qu'en A.O.F, à Dakar, ce sont les intérêts des deux groupes belligérants qui se heurtent ouvertement.
Le capitalisme avant de s'effondrer dans la boue et dans le sang veut embraser l'univers. Les traitres de Vichy, commanditaires de Doriot et de Gitton qui déclarent vouloir mobiliser les français pour remettre ça, sont prêts à faire tuer marins, soldats et aviateurs français pour des intérêts qui ne sont pas les leurs
Pas un homme, pas un sou.
Nous communistes, nous qui avons lutté contre la guerre impérialiste depuis septembre 1939, nous disons à tous les va-t-en guerre avec la peau des autres "PAS UN HOMME, PAS UN SOUS". Nous voulons que la France reste en dehors du conflit en même temps que nous demandons pour tous les peuples coloniaux le droit à disposer d'eux-mêmes contre ceux qui voudraient faire couler encore du sang français pour le plus grand profit des capitalistes : le peuple français doit se dresser avec le mot d'ordre "A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE".

(L'Humanité n° 79 du 26 septembre 1940 - Organe central du PCF)
Publié dans l'Humanité du 26 septembre 1940, l'article "A bas la guerre impérialiste !", est une condamnation de toute participation de la France à la guerre impérialiste qui oppose désormais l'Angleterre à l'Allemagne. Le retour de ce thème dans l'organe central du Parti communiste fait suite à la bataille qui s'est déroulée au large de Dakar du 23 au 25 septembre 1940 entre des navires de la flotte anglaise et de la France Libre et des bâtiments de la marine de Vichy. La tentative du Général de Gaulle de rallier Dakar et l'Afrique Occidentale Française (AOF) à la France Libre est un échec. Pour les communistes cette bataille illustre l'engagement de Français au profit des deux belligérants.



"On assiste renforcement trouble grand courant contre les M. [les forces allemandes d'occupation] et en faveur Anglais. Dans cette situation, mettons accent sur propagande pro-soviétique."

(Télégramme de la direction du PCF du 27 septembre 1940 - signé Jacques Duclos, secrétaire du PCF, Benoît Frachon, membre du Bureau politique, et Maurice Tréand, membre du Comité central (Paris) - envoyé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC (Moscou)) (1)
Dans un télégramme du 27 septembre 1940 adressé à l'IC, la direction du Parti communiste décrit notamment l'état de l'opinion publique. Elle fait état du mécontentement grandissant suscité par la présence allemande et du développement d'un courant d'opinion favorable aux "Anglais". Précisons que les Allemands sont parfois désignés dans les textes communistes comme... "les Messieurs" ou simplement "les M".

L'opposition à l'occupation allemande et le soutien à l'Angleterre sont des facteurs qui favorisent le recrutement de nouveaux combattants pour la France Libre du Général de Gaulle. C'est pour cette raison que le Parti communiste indique dans son télégramme qu'il va accentuer sa propagande en faveur de l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemagne doivent servir de modèle aux relations franco-allemandes.

L'essor d'un courant favorable à l'Angleterre sera aussi mentionné dans le télégramme du 15 octobre 1940 avec cette fois plus d'inquiétude.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 323.


"Ni dominion britannique, ni colonie de l'axe, la France aux Français par un gouvernement du Peuple au service du Peuple, la fraternité des peuples et l'indépendance des peuples débarrassés de l'esclavage capitaliste : voilà ce que les communistes veulent"
L'Humanité, édition marseillaise, du 27 septembre 1940 montre par son contenu que la ligne fixée par le centre parisien est fidèlement suivie par les communistes en zone non occupée. Ainsi, l'extrait cité résume parfaitement le projet du Parti communiste :



OCTOBRE 1940



"Les jusqu'au-boutistes de la guerre impérialiste réfugiés à Londres n'apportent aucune solution.
La jeunesse française refuse de s'inscrire dans un l'un ou l'autre des camps impérialistes. Elle n'acceptera de verser son sang ni pour la clique de Londres avec ses de Gaulle, ni celle de Vichy avec ses Laval."

(Notre jeunesse de septembre-octobre 1940 - Revue des Jeunesses communistes)


JOURNAL COMMUNISTE INTERDIT EN ANGLETERRE
« "Radio-Paris" a annoncé que le gouvernement anglais vient d'interdire le "Daily Worker", organe du Parti communiste anglais. Churchill et le Chef travailliste Attlee montre ainsi une fois de plus leur vrai visage de réactionnaire et d'ennemis du peuple. »

(L'Humanité n° 82 du 7 octobre 1940 - Organe central du PCF)
L'Humanité dénonce l'interdiction du Daily Worker, organe central du Parti communiste de Grande-Bretagne, en qualifiant les deux principaux dirigeants du gouvernement anglais d'Union nationale, le conservateur Churchill et le socialiste Attlee, de "réactionnaire(s) et d'ennemis du peuple".



"Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 
"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."

(L'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940 - Organe central des Jeunesses communistes)
L'Avant-Garde du 13 octobre 1940 appelle la "Jeunesse de France" à se mobiliser pour... "LA PAIX".

C'est d'ailleurs ce projet pacifiste qui justifie la condamnation du Général de Gaulle et de tout engagement de la "Jeunesse de France" dans la Résistance à l'occupation allemande : "La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."

Pour les communistes préserver l'indépendance de la France signifie ne soutenir aucun belligérant dans la guerre qui oppose l'Angleterre à l'Allemagne. Cette définition sera caduque après le 22 juin 1940.

Pour terminer on mentionnera que ce numéro de l'Avant-Garde est daté du 13 octobre 1940, jour de l'arrestation de Guy Môquet par la police française pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit toute activité communiste.


"Le courant en faveur des Anglais est en voie de prévaloir ce qu'exige de notre part un développement de la propagande en faveur de l'URSS".

(Télégramme de la direction du PCF du 15 octobre 1940 - signé Jacques Duclos, secrétaire du PCF, Benoît Frachon, membre du Bureau politique, et Maurice Tréand, membre du Comité central, (Paris) - envoyé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale communiste (Moscou)) (1)
Dans un télégramme du 15 octobre 1940 adressé à l'IC, la direction du Parti communiste indique que le courant d'opinion favorable à l'Angleterre, dont elle a signalé le développement dans son télégramme du 27 septembre 1940, s'impose dans la population.

Comme dans son précédent message, elle indique que sa réaction à cette situation favorable à l'Angleterre et au Général de Gaulle sera d'accentuer sa propagande en faveur de l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemagne doivent servir de modèle aux relations franco-allemandes.

Dans les faits, la propagande communiste célèbrera le modèle soviétique mais surtout reprendra ses attaques contre l'Angleterre et le Général de Gaulle présenté comme un agent de l'impérialisme britannique.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 333.


"Ne serait-il pas juste, alors que tant de gens souffrent, d'exproprier les grands capitalistes aryens et juifs pour donner du pain et du travail à tous ?
Le peuple pense que ce serait juste, et il sait que les communistes le feraient s'ils étaient au pouvoir."

(L'Humanité du n° 85 du 25 octobre 1940 - Organe central du PCF)



 A BAS LA DIPLOMATIE SECRETE

Deux jours après l'annonce de l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, sans la moindre consultation populaire, le maréchal Pétain a rencontré le Chancelier Hitler. [...]
Le principe d'une collaboration entre la France et l'Allemagne a été acceptée par Pétain et les détails de cette collaboration seront fixés par la suite.

Le peuple n'est tenu au courant de rien
Derrière le vieux maréchal qui, hier complotait avec les cagoulards et qui, aujourd'hui, est un des principaux profiteurs de la défaite, le sinistre Laval mène le jeu de la diplomatie secrète. Il négocie au nom de la France et le peuple n'est tenu au courant de rien. [...]
De même que des criminels entraînèrent la France dans la guerre en cachant la vérité au peuple, de même des gouvernants non moins criminels veulent entraîner la France dans de redoutables aventures en lui cachant la vérité.

Pas de "sac au dos"
Depuis un certain temps, déjà, les hommes de Pétain-Laval, les Doriot, Gitton, Déat et autres traîtres mènent campagne pour l'entrée en guerre de la France aux côtés de l'Allemagne et cette propagande, inspirée, prend tout son sens avec l'annonce de la collaboration franco-allemande. [...]
Dans de telles conditions, la "collaboration" franco-allemande est grosse de dangers de guerre pour notre pays qui ne veut pas remettre "sac à dos".

Où veut-on en venir ?
Veut-on créer une situation qui aboutirait à entraîner dans la guerre les marins et les aviateurs français d'abord, et peut-être aussi les soldats par la suite ? Veut-on que la population française qui souffre déjà du fait que la France est utilisée comme base d'opérations militaires ait encore à souffrir davantage ?
Tels sont les problèmes posés et à cela, le Parti Communiste répond très nettement. De même que notre Parti s'est dressé contre la guerre impérialiste faite pour le compte de la finance anglaise, de même il se dresse contre l'entrée en guerre de la France pour le triomphe d'un soit-disant "nouvel ordre européen" qui serait la consécration de la vassalisation de la France.
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n'est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne se sauvera qu'en se débarrassant de l'odieux régime capitaliste.

Leur "nouvel ordre"
Les hommes de Vichy poussent la France à l'aventure et le peuple bâillonné est privé de toute liberté. Dans les deux zones, les prisons et les camps de concentration regorgent.
C'est un odieux régime intérieur pire que celui de Daladier et Mandel, pourtant bien abject, qui est imposé à notre pays sous prétexte de "nouvel ordre". C'est pour que les ploutocrates aient tous les droits et que les travailleurs soient traités en esclaves que le tandem Pétain-Laval voudrait lancer la France dans la guerre, mais le peuple ne veut pas remettre "sac au dos". Les Français savent qu'ils ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre; ils n'ont nulle envie d'être les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne.
Ce que la France espère et veut, ce n'est ni un gouvernement Pétain-Laval, ni un "conseil" de de Gaulle, mais un gouvernement du peuple seul capable d'être un gouvernement français parce que soustrait à toutes les influences capitalistes et impérialistes.
A bas la diplomatie secrète
A bas la guerre impérialiste
Vive la France libre et indépendante."

(L'Humanité n° 86 du 31 octobre 1940 - Organe central du PCF)
A la suite de sa rencontre avec le Chancelier Hitler, le 24 octobre 1940, dans la ville de Montoire-sur-le-Loir, le Maréchal Pétain annonce dans un discours radiodiffusé le 30 octobre 1940 qu'il entre "dans la voie de la collaboration" sans en préciser le contenu et notamment le volet militaire.

L'Humanité du lendemain accuse le gouvernement Pétain-Laval dans un article intitulé "A bas la diplomatie secrète" de négocier secrètement avec l'Allemagne les conditions de la participation de la France à sa guerre contre l'Angleterre.

Fondé sur le pacifisme du PCF, la dénonciation de ce projet gouvernemental permet à l'Humanité de rappeler d'une part l'opposition des communistes à la guerre franco-allemande de 39-40 et d'autre leur refus de tout soutien à l'Angleterre.




NOVEMBRE 1940



LETTRE
aux Militants communistes

Chers camarades,

Depuis plus d'une année, privée de tous moyens légaux d'expression, insulté, calomnié, persécuté, notre Parti Communiste a résisté à tous les coups des ennemis du peuple. Rien n'a pu arrêter sa lutte courageuse contre la guerre impérialiste, et rien n'a pu abattre la confiance de ses membres dans la victoire finale du prolétariat, dans le triomphe final de la cause du communisme.

En nous dressant contre la guerre impérialiste, dans laquelle la France avait été jeté par un gouvernement indigne soutenu par le Parlement unanime, à l'exception des communistes, nous avons rempli notre devoir de prolétaires révolutionnaires ne perdant pas de vue que, selon la belle formule de Karl Liebknecht, « L'ENNEMI EST CHEZ NOUS ». [...]

ILS VOUDRAIENT FAIRE DES FRANCAIS
LES SOLDATS DE L’ÉTRANGER

La guerre pour la domination du monde capitaliste continue et sa fin n'apparaît pas prochaine. L'Allemagne et l'Italie d'une part et d'autre part l'Angleterre aidée par les Etats-Unis continuent à ce battre et la conflagration actuelle risque fort de s'étendre dans les mois à venir. C'est pourquoi on tentera peut-être d'entraîner à nouveau notre malheureux pays dans la guerre impérialiste, les traîtres Doriot et Gitton voulant que les français mettent « SAC AU DOS » pour faire la guerre à l'Angleterre afin d'aider l'Allemagne, les agents de de Gaulle voulant faire tuer des Français pour aider l'Angleterre dans sa lutte contre les allemands.

De même qu'il a combattu hier la guerre impérialiste, le Parti Communiste combattra toute tentative, quelle qu'elle soit, de jeter à nouveau la France dans la guerre impérialiste. [...]

Notre parti est opposé à toute guerre de conquête, à toute guerre d'oppression, et de même que nous avons lutté contre les impérialistes français, contre le Traité de Versailles et contre l'occupation de la Rhur, de même que nous avons avec le camarade Thaelmann et le Parti Communiste Allemand défendu le peuple allemand contre l'oppression des Alliés, de même nous nous élevons contre un traité de Versailles à Rebours qui ruinerait la France pour le plus grand profit de quelques ploutocrates, tout comme l'Allemagne fut ruinée après la première guerre impérialiste pour le profit de quelques parasites capitalistes. 

UN PEUPLE QUI OPPRIME D'AUTRES PEUPLE NE PEUT PAS ETRE LIBRES, disaient Marx et Engels; c'est ce principe qui nous a guidés dans la lutte contre le Traité de Versailles  et ce principe guidera aussi dans leurs luttes nos frères, les ouvriers des autres pays.

Nous communiste, nous voulons la liberté et l'indépendance de la France et nous sommes le seul Parti exprimant ainsi les sentiments profonds de notre peuple tout entier qui comprend qu'une victoire impérialiste se traduirait par la vassalisation de la France.

Ni dominion britannique, ni protectorat allemand, la France aux Français, telle est la pensée profonde des millions de Français que nous devons organiser, rassembler et guider dans la lutte.

CONTRADICTIONS IMPERIALISTES
ET PUISSANCE SOVIETIQUE

Nous sommes au quatorzième mois de la deuxième guerre impérialiste en Europe et nous avons sous les yeux le bilan suivant : un puissant impérialisme a été abattu [La France]; ceux qui avaient l'habitude faire la guerre par procuration sont obligés de se battre directement [L'Angleterre]; ceux qui déclarèrent la guerre au dernier moment dans l'espoir qu'elle durerait quinze jours, sont obligés de continuer la lutte [L'Italie] et ceux qui comptaient sur de fulgurantes et décisives victoires doivent tout recommencer au moment où ils croyaient avoir tout fini [L'Allemagne]. [...]

NOUS LIER AUX MASSES

De grandes tâches s'offrent à nous, chers camarades, des tâches que vous saurez remplir avec l'intelligence et dévouement. Mieux encore que pendant la participation de la France à la guerre impérialiste notre politique est comprise par le peuple. Nous sommes le seul Parti qui n'ait pas fait faillite, le seul Parti qui soit resté debout au milieu des événements, le seul Parti qui ait donné des preuves de clairvoyance et de courage. C'est là la raison pour laquelle monte  vers nous un grand courant de confiance populaire.

Mais il ne suffit pas d'avoir eu raison dans la lutte contre la guerre impérialiste pour mériter et garder la confiance du peuple; on ne fait confiance qu'à ceux qui agissent sans trêve ni défaillance, et c'est pourquoi notre devoir est d'agir, de nous lier, de nous mêler à la masse des travailleurs. [...]

 Gardez-vous, camarades, de rester isolés dans une sorte de tour d'ivoire en vous contentant d'affirmer que le Parti a eu raison, sans vous mêler à la masse, sans faire écho à ses plaintes et sans participer à ses luttes. La place de tout communiste est dans le mouvement de masse; c'est dans le contact permanent avec les masses populaires que notre Parti puise sa force et son influence politique.

 NOUS SOMMES
 LE SEUL PARTI FRANCAIS 

On persécute le Parti communiste parce qu'il est le seul Parti Français, parce qu'il est le Parti de l'amitié avec l'URSS, parce qu'il est le Parti du relèvement de la France. On nous persécute parce que nous sommes le Parti de l'avenir, parce que nous sommes le Parti qui veut faire payer les riches et confisquer les bénéficies de guerre, parce que nous sommes le Parti qui veut nationaliser sans indemnité les Banques, Compagnies d'Assurances, Mines, Chemins de Fer et autres entreprises capitalistes pour donner du travail et du pain au Peuple de France; on nous persécute parce que nous sommes le Parti de la lutte sans merci contre le capitalisme, parce que nous sommes le Parti qui donnera à la France le gouvernement du peuple auquel elle aspire, le gouvernement de la libération sociale et de l'indépendance nationale. [...]

Notre presse est interdite, mais grâce à vous, grâce à vos initiatives, grâce à vos efforts elle est, et continuera à être, quand même, largement diffusée.

Merci à vous tous camarades, qui tournez nos tracts et nos journaux; merci à vous qui en assurez la diffusion en faisant preuve de tant d'ingéniosité et de courage; merci à vous tous, qui par tant de moyens divers, faites connaître les mots d'ordre de notre Parti; continuez votre magnifique action de propagande révolutionnaire, faites en sorte que notre Humanité, que nos journaux aillent partout expliquer la politique communiste, et montrer au peuple le chemin de la libération, le chemin du salut. [...]

L'AVENIR NOUS APPARTIENT

[...]
A l'exemple du grand Parti de LENINE et STALINE qui a fait de la veille Russie tzariste épuisée et misérable le puissant et magnifique pays des Soviets, nous ferons de la France, aujourd'hui vassalisée et humiliée, que personnifient Pétain et Laval, une France rénovée, libre et indépendante dans une Europe débarrassée de la domination capitaliste. [...]


Au nom du Comité Central
du Parti Communiste Français (SFIC) :

MAURICE THOREZ                                                             JACQUES DUCLOS
         secrétaire général.                                                                       secrétaire.

(Lettre aux militants communistes de novembre 1940)
En novembre 1940, le Parti communiste diffuse à 200 000 exemplaires une "Lettre aux militants communistes" signée par Maurice Thorez et Jacques Duclos. Diffusée sous forme de tract, cette lettre sera aussi publiée en mars 1941 dans les 20 000 exemplaires des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

Tract pacifiste, anti-gaulliste et anglophobe, la "Lettre aux militants communistes" vise un triple objectif : rappeler aux militants communistes la ligne du Parti, célébrer leur engagement et enfin définir leurs tâches.


"Les jeunes français et françaises n'attendent rien du Général de Gaulle passé au service de l'impérialisme anglais."

(L'Avant-Garde n° 22 de novembre 1940 - Organe central des Jeunesses communistes)


"Ni Londres avec ses De Gaulle, ni Vichy avec ses Laval ! La France aux français par un gouvernement du peuple."

(L'Humanité - édition Marseillaise - du 2 novembre 1940)


"Guerre dans les colonies où les de gaullistes et les vichyssois se disputent la domination sur des peuples traités en esclaves."

(L'Humanité n° 90 du 21 novembre 1940 - Organe central du PCF)


"La position des communistes français est claire : ils sont contre de Gaulle, agent de l'impérialisme Anglais, jusqu'au-boutiste avec la peau des autres. Ils sont contre le Gouvernement Pétain-Laval, valet de Hitler et qui veut entraîner à nouveau la France dans la guerre Impérialiste. Ils luttent pour une France socialiste, libre et indépendante, pour la libération Nationale et Sociale de leur Pays."

(La Voix du peuple n° 1 du 25 novembre 1940 - Organe régional du PCF - Région Puy-de-Dôme)


Ni soldats de l'Angleterre
               avec DE GAULLE ! 
Ni soldats de l'Allemagne
               avec PETAIN !


Vive l'Union 
de la Nation Française


NI DOMINION BRITANNIQUE ! 
NI PROTECTORAT ALLEMAND !

Vive la FRANCE

 LIBRE,  INDEPENDANTE ET HEUREUSE 

QUE VEULENT 

ET QUE FERONT LES COMMUNISTES !





DECEMBRE 1940



"Voilà pourquoi nous répudions par avance les engagements souscrits à Montoire par le Maréchal et son ministre.
Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix. Ils ne repoussent pas les négociations avec aucun gouvernement. [...]
La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale. Nous luttons pour la Révolution Socialiste [...].
Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparables de la seule politique capable de faire régner la paix dans le monde et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie."

(La politique de Montoire-sur-(le-)Loir de décembre 1940)
En décembre 1940, le Parti communiste publie clandestinement le premier numéro de la brochure La Politique communiste. Ce numéro, consacré aux relations entre la France et l'Allemagne, est composé d'un seul texte intitulé "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". Ce titre fait référence à l'engagement pris par le Maréchal Pétain d'entrer dans la voie de la collaboration après à sa rencontre avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940 dans la ville de Montoire-sur-le-Loir.

Dans la première partie du texte, le Parti communiste affirme que "la politique de Montoire" n'apportera pas "la Paix" mais la guerre au motif que cette politique n'est pas fondée sur "la collaboration" avec l'Allemagne mais sur la soumission à l'impérialisme allemand. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration. D'ailleurs, la politique du Maréchal Pétain est dénoncée en ces termes : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration". Quant au mot collaboration, le texte précise que c'est un "mot séduisant" qui renvoie à l'idée de relations franco-allemandes équilibrées et que c'est pour ce motif qu'il ne peut être utilisé pour qualifier la politique du Maréchal Pétain.

La seconde partie du texte présente une alternative à la politique du Maréchal Pétain : "la politique communiste". En matière de politique extérieure, le PCF expose avec clarté son projet pour la France : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix". Il ajoute que le succès de cette politique pacifiste sera garantie par une collaboration communiste qui sera fondamentalement distincte de celle proposée par le Maréchal Pétain : "La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale". D'ailleurs, pour bien souligner cette distinction entre collaboration communiste et collaboration pétainiste, le PCF défend sa politique pacifiste en ces termes : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".


ETUDIANTS !

Le 11 novembre, vous avez, malgré l'interdiction de l'occupant, célébré le souvenir de vos pères et de vos frères aînés tués dans l'autre guerre.

VOUS AVEZ EU RAISON ! [...]

JEUNES AMIS,  [...]

Assurer l'indépendance de la France, c'est permettre à ce pays d'être libéré de la sujétion de l'impérialisme britannique.

Dans une France meurtrie par la défaite où l'ont entraînée des politiciens tarés et des généraux traîtres ou incapables, l'indépendance de la France doit être recouvrée dans la paix. Soucieux, comme vous, de rendre à la France son indépendance et de la soustraire au vasselage et à la colonisation que lui préparent les hommes de Vichy et leurs maîtres de Paris, les Communistes vous disent :

Ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante.

CEST PAR LA REVOLUTION SOCIALISTE  [...]

Maître du pouvoir en France, les communistes, observant les mêmes principes, feraient de la France un pays libre, digne et respecté.

Ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples telle que l'a proclamée la Constitution de l'URSS. [...]

Les Régions Parisiennes du Parti Communiste Français (SFIC)
Les Régions Parisiennes de la Jeunesse Communiste de France

(Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940)
Les régions parisiennes du Parti communiste français et de la Jeunesse communiste de France publient en décembre 1940 un tract pacifiste, anti-gaulliste et anglophobe qui s'adresse aux étudiants qui manifestèrent à Paris le 11 novembre 1940.

Dans ce tract, le PCF et la JCF affirment que la France ne sera indépendante que si elle se libère de "la sujétion de l'impérialisme britannique" et fait "la Paix" avec l'Allemagne.



"Face aux réactionnaires et aux traitres de Vichy le peuple de France doit s'unir autour du Parti Communiste qui veut la liberté et l'indépendance de la France et qui ne veut pas qu'on fasse tuer les français ni pour l'Angleterre ni pour l'Allemagne."

(L'Humanité n° 91 du 3 décembre 1940 - Organe central du PCF)


"Pour sauvegarder les privilèges capitalistes, des gouvernements accrochés successivement à LONDRES ou à BERLIN ont transformé la France en une sorte de protectorat. Et ce n'est ni la croix [de] Lorraine de de GAULLE, ni la croix gammée du nazisme qui peuvent rénover notre pays."

(L'Humanité, édition zone non-occupée, n° 85 du 5 décembre 1940.)


"Mais le peuple français ne reconnaît pas les actes de Pétain-Laval, pas plus d'ailleurs que ceux du général félon de Gaulle qui veut faire de la France un dominion anglais. Ni pour l'Angleterre, ni pour l'axe, mais pour la France, voilà ce que pense le peuple et la jeunesse de notre pays."

(L'Avant-garde, édition zone non-occupée, n° 25 du 16 décembre 1940)


- A bas la "révolution des trusts" -
VIVE LA VERITABLE REVOLUTION DU PEUPLE

"Par contre, cette "révolution nationale" est pour une poignée de capitalistes, la possibilité d'exploiter, de gruger honteusement tous les travailleurs, d'échapper à [la] confiscation des scandaleux bénéfices de guerre, de réaliser de hideux et sanglants profits sur la misère du peuple; c'est pour une foule de mercantis, la possibilité d'accaparer les marchandises indispensables à l'alimentation et de les revendre impunément à des prix exorbitants.
D'autres également, de Gaulle et sa clique vendue aux banquiers de la City, ceux-là parlent aussi de la révolution nationale alors [que] ceux qui les payent exploitent à outrance les travailleurs anglais, oppriment toutes leurs libertés avec l'assentiment servile des chefs du "Labour Party".
Une seule révolution fera le salut du Pays; ce n'est pas celle des agents de l'étranger qui siègent à Vichy ou à Londres aux ordres les uns et les autres de deux groupes capitalistes ennemis, c'est celle que feront eux-mêmes les travailleurs de France, guidés par le parti communiste et qui, en supprimant l'exploitation de l'homme par l'homme, en expropriant les voleurs des moyens de production, instituera dans notre pays un véritable régime de liberté, d'indépendance, de bonheur et de paix."

(L'Enchaîné n° 20 du 31 décembre 1940 - Organe régional du PCF - Région Nord)




JANVIER 1941



"Jeune homme de vingt ans, les communistes ne veulent pas te farder la vérité. C'est leur héroïque destin d'aller souvent contre le courant. Nous proclamons dès lors sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolchéviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, nous aurions mis fin à la guerre, nous aurions signé la paix comme les bolchéviks l'ont signée en en 1918.
La paix que signèrent les bolchéviks en 1918 était très dure. Mais elle était signée par un gouvernement du peuple qui s'attachait à la réorganisation socialiste du pays, qui expropriait les capitalistes et les propriétaires fonciers. Cette paix qui, pour un autre gouvernement, eût été un suicide, a été pour les Soviets le premier pas dans la voie de la reconstruction de la Russie.
L'armistice de Laval et de Pétain est un contrat de servitude et de peur. Il enchaîne la France au vainqueur. D'un jour à l'autre, il risque de faire, des Français, les soldats de l'Allemagne. La paix qu'eût signée un gouvernement français populaire, ami et allié de l'Union soviétique, eût été le signal du relèvement du pays dans l'indépendance. Elle eût été conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt du plan allemand, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre. Elle eût ouvert la voie à l'entente internationale exclusive de toute hégémonie, respectueuse de l'indépendance des Nations.
Cette paix - la vraie - alors que l'armistice Pétain n'est qu'un accord d'esclavage - nous eût permis de panser nos blessures."

(Brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941)
En janvier 1941, les Jeunesses communistes diffusent à 20 000 exemplaires la brochure "Jeunesse de France".

Rédigée par un dirigeant communiste, Gabriel Péri, cette brochure de 47 pages vise un objectif précis : convaincre les jeunes d'adhérer aux Jeunesses communistes pour défendre le projet pacifiste du Parti communiste.

S'adressant à son lecteur ("Jeune homme de vingt ans") avec gravité ("les communistes ne veulent pas te farder la vérité") Gabriel Péri affirme, dans l'extrait cité, que si le Parti communiste avait dirigé la France en juin 1940 après la démission de Paul Reynaud qui a permis au Maréchal Pétain de lui succéder, il aurait mené sur le plan extérieur et intérieur une politique identique à celle des bolchéviks en 1918 : Paix avec l'Allemagne et Révolution socialiste.

Le jeune de vingt ans quelque peu étonné par cette vérité énoncée en pleine occupation allemande a surement dû être rassuré par ces deux précisions :
1) un traité de Paix négocié entre un gouvernement communiste et Hitler aurait été "conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt du plan allemand",
2) Cette Paix aurait permis d'inaugurer une nouvelle ère dans les relations franco-allemandes en posant les bases d'une "entente internationale" entre la France communiste et l'Allemagne nazie.

Tous ces éléments relatifs à la formation d'un gouvernement de Paix communiste en juin 1940 seront repris dans la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941 dont l'auteur est aussi Gabriel Péri.


"Et surtout, n'oubliez pas ceci qui est l'essentiel :
Les communistes en prison, c'est la France enchaînée ! [...]
Méditez, hommes et femmes de France, sur le drame du mois de juin dernier. Le régime odieux qui avait entrainé la France dans la guerre et dans la défaite aurait dû, en bonne justice, être balayé. Par qui a-t-il été momentané sauvé ? Par l'armée d'occupation. L'occupant a été la planche de salut pour le système d'exploitation capitaliste. Entre ce naufragé rescapé et son sauveur, un contrat de gangsters est intervenu. Et ce contrat joue contre nous, contre le Peuple de France.
Hommes et femmes de France, vous payez tous les jours le tribut de ce contrat qui vous coûte 400 millions quotidiennement pour les frais de l'armée occupante; vous payer ce tribut lorsqu'on vous impose d'insupportables restrictions parce que l'occupant rafle une partie des produits de votre alimentation; vous payer ce tribut lorsque l'occupant et ses domestiques de Vichy organisent la désindustrialisation de la France et condamnent à l'inaction des millions de travailleurs; vous risquez de payer ce tribut plus chèrement encore demain, au prix de votre sang, si l'occupant fait de vous ou de vos fils des soldats de sa guerre contre l'Angleterre.
Or, les communistes vous montrent au milieu de tant d'angoisses et de malheur la voie du salut : la voie Salut, disent-ils, ce n'est point celles que vous indiquent les amis du général de Gaulle qui voudraient lier la France à la fortune chancelante du l'impérialisme britannique sur le déclin; la voie du salut ce n'est point non plus celle qui aboutirait à l'esclavage de ce pays condamné à travaillé pour le profit de colonisateurs féroces.
Le salut est dans l'entente internationale des peuples, fondée sur leur libre collaboration. Il n'y a pas plus juste modèle de ce que doivent être les Etats-Unis d'Europe que celui que nous offre la communauté fédérative des peuples libres de l'Union Soviétique.
Le salut, c'est le renversement de l'ordre ancien, c'est l'expropriation des capitalistes; le salut c'est la Révolution ! le salut c'est le Socialisme. [...]
Hommes et femmes de France, vous êtes à la croisée des chemins. Le salut ne viendra ni de Londres, ni de Washington ni de Berlin. Il ne vous sera pas apporté par un miracle. Il est en vous. Il faut choisir, l'esclavage ou la Révolution socialiste et se souvenir qu'il n'y a qu'une manière d'être révolutionnaire, la manière communiste. Et il n'y a qu'un socialisme, celui dont les communistes sont les champions, celui qui a triomphé sur un sixième du globe, en URSS, dans le grand pays des Soviets de Lénine et Staline.
Hommes et femmes de France, ne laissez pas plus longtemps les meilleurs fils du peuple servir d'otages à ceux qui vous rançonnent, ne vous résignez pas ! Les temps sont durs certes, ne vous laissez pas abattre cependant par le découragement. Ne dites pas : « Il n'y a rien à faire ». Il y a tout à faire, au contraire.
Et, pour commencer, il faut forcer les portes des prisons et les barbelés des camps.
Il faut s'unir pour délivrer les communistes, c'est-à-dire commencer à conquérir la Paix, dans La libération sociale, dans l'indépendance nationale, par la Révolution socialiste. A l'exemple de la Révolution d'octobre 1917 qui assura la victoire triomphante du socialisme sur un sixième du globe."

(Brochure "Nous accusons" de janvier 1941)
En janvier 1941, le Parti communiste publie à 20 000 exemplaires une brochure de 48 pages intitulée "Nous accusons".

Rédigé en octobre 1940, ce texte est un véritable réquisitoire contre... le gouvernement français et son bellicisme pendant la guerre de 1939-1940. Il est aussi - à l'inverse - une célébration du Parti communiste et de son combat pour la Paix.

Consacrées à l'occupation allemande et notamment à la vague d'arrestations d'octobre 1940, les dernières pages se terminent sur un appel encourageant les Français à se mobiliser pour la libération de tous les militants communistes emprisonnés.

Cet appel définit clairement le projet du Parti communiste : "la Paix [....] par la Révolution socialiste".

Il souligne aussi qu'un traité de Paix signé entre la France communiste et l'Allemagne nazie permettra d'inaugurer une nouvelle ère dans les relations franco-allemandes en posant les bases d'une "entente internationale des peuples, fondée sur leur libre collaboration".


"Ni Flandin-Pétain, ni De Gaulle.
Gouvernement du Peuple."
"NI DOMINIONS BRITANNIQUES.
NI PROTECTORAT ALLEMAND."

(Le Travailleur de la Corrèze de janvier 1941 - Organe régional du PCF - Région Corrèze)


"Ni Laval, Flandin, Pétain, ni De Gaule (sic)
Gouvernement du Peuple."

(Le Travailleur de la Dordogne de janvier 1941 - Organe régional du PCF - Région Dordogne)


(Papillon "Ni Pétain-la peste, ni de Gaulle-le choléra" de janvier 1941) (1)
La Région Paris-Nord du Parti communiste diffuse en janvier 1941 un papillon qui condamne "Pétain" et "de Gaulle" en assimilant le premier à la "peste" et le second au "choléra" et qui appelle à la constitution d'un "gouvernement du peuple" sous la conduite de Maurice Thorez.
Le Général de Gaulle, Chef de la France Libre, est donc assimilé au choléra parce qu'il refuse la Paix avec l'Allemagne.

(1) A. Rossi, La guerre des papillons, 1954, p. 357 (planche X).


"La réponse des français est claire : nous ne verserons notre sang ni pour LONDRES, ni pour BERLIN. Nous voulons la paix et la libération du territoire."

(L'Humanité, édition zone non-occupée, n° 90 du 9 janvier 1941)


"Les deuils et la misère ne vous suffisent pas MM. les bourreaux de la jeunesse : vous caressez de nouveaux projets guerriers ! Mais, encore fois la jeunesse ne marche pas, ni pour Pétain, ni pour Hitler, ni pour de Gaulle et les mots d'ordres (sic) : A bas la guerre impérialiste !, réalise l'unanimité des jeunes encasernés avec Vive la classe !"

(L'Avant-garde n° 31 du 12 janvier 1941- Organe central des Jeunesses communistes)


"Le peuple français ne marche pas pour une politique de collaboration qui signifie la domestication de la France. Il n'envisage qu'une collaboration celle qui l'unira au peuple allemand, aux soldats allemands, qui ont comme nous à conquérir le droit à une vie nouvelle en abattant à jamais le régime capitaliste."

(L'Humanité n° 97 du 13 janvier 1941 - Organe central du PCF)
L'article "la guerre impérialiste" publié dans l'Humanité du 13 janvier 1941 souligne clairement la différence entre la collaboration pétainiste "qui signifie la domestication de la France" et la collaboration communiste qui "unira [le peuple français] au peuple allemand".



"critiquant [critiquer] ligne antidémocratique mouvement de Gaulle".

(Télégramme du 27 janvier 1941 de l'Internationale communiste - signé Maurice Thorez, secrétaire général du PCF et André Marty, secrétaire de l'IC, (Moscou) - envoyé à Jacques Duclos, secrétaire du PCF (Paris)) (1)




FEVRIER 1941



POUR LE SALUT 
DU PEUPLE DE FRANCE

[...]
Le peuple de France empli d'un profond mépris à l'égard de la tourbe des politiciens de Vichy et de Paris ne veut être ni le soldat de l'Angleterre, ni le soldat de l'Allemagne, ni le soldat de Churchill, ni le soldat de Hitler; il ne veut pas être le soldat de la ploutocratie sous quelque visage qu'elle se présente.

LE PEUPLE DE FRANCE VEUT LA PAIX

Le peuple de France veut la paix; il veut que soient libérés et le sol national et ses fils prisonniers de guerre. De l'armistice à la fin de 1940 le peuple français a déjà payé aux occupants la somme fabuleuse de 73 milliards francs; il a vu, en outre, qu'en violation des clauses du traité d'armistice, le vainqueur a annexé l'Alsace-Lorraine sans consultation de la population de ce pays, mais au contraire en procédant à des expulsions massives; il a vu morceler le territoire français en deux zones et il a vu ensuite la zone occupée elle-même coupée en deux, alors que tout cela constitue un obstacle supplémentaire à la solution des graves problèmes économiques posés devant notre pays.
Le peuple de France veut que tout cela cesse et il repousse du pied tous les appels de tous les bellicistes.
Non, le peuple de France ne veut pas prendre part, à nouveau, à la guerre impérialiste. IL VEUT CREER DES RELATIONS PACIFIQUES AVEC TOUS LES PEUPLES, AVEC TOUS LES PAYS.
De plus, le peuple de France considère qu'il est d'un intérêt vital pour lui d'ETABLIR DE SOLIDES LIENS D'AMITIE AVEC LE GRAND ET PUISSANT PAYS DES SOVIETS. [...]


LE CAPITALISME, VOILA L'ENNEMI ! [...]

GUERRE CAPITALISTE ! DEFAITE CAPITALISTE ! ASSERVISSEMENT ET MENACE NOUVELLE DE GUERRE CAPITALISTE ! N'est-il pas clair, aux yeux de tous, après une telle succession d'événements, que c'est seulement par la destruction du régime capitaliste que la France connaîtra la paix et créera les conditions de son relèvement. [...]

LE GOUVERNEMENT DU PEUPLE [...]

Le Gouvernement du Peuple, expression de la volonté nationale et non d'une conjuration de profiteurs comme l'est la clique de Vichy, prendrait immédiatement les décisions de politique extérieure et intérieure indispensables au salut du Pays. Ces mesures seraient dans leurs grandes lignes :

I. POLITIQUE EXTERIEURE

1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste.
4° Proclamation du droit pour les minorités nationales et pour les peuples des colonies, des territoires sous mandat et des protectorats à l'indépendance et à la libre disposition d'eux-mêmes. [...]

II. POLITIQUE INTERIEURE

POUR METTRE LES OLIGARCHIES CAPITALISTE HORS D'ETAT DE NUIRE [...]
POUR DONNER AUX TRAVAILLEURS LA PLACE
QUI LEUR REVIENT DANS LA NATION[...]
POUR LES PAYSANS DE FRANCE [...]
POUR LA DEFENSE DES COMMERÇANTS DETAILLANTS VICTIMES DES TRUSTS [...]
POUR LA SANTE DU PEUPLE [...]
POUR LA JEUNESSE [...]
POUR LE JUGEMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE [...]
POUR LES SINSTRES DE LA GUERRE [...]
POUR LES VICTIMES DE LA GUERRE [...]
POUR LA DEFENSE DE L'INTELLIGENCE FRANÇAISE [...]
POUR LE RETABLISSEMENT DES LIBERTES POPULAIRES [...]

FRANÇAIS, FRANÇAISES,
Tel est le programme de salut que le Parti communiste propose au peuple de France.
Voilà le programme qui seul, peut aboutir au relèvement du pays, parce que :
Il supprimera le profit et l'exploitation capitalistes. [...]
Il fondera la politique extérieure de la France sur l'amitié avec l'URSS le grand pays du Socialisme, sur la fraternité des peuples dans l'égalité des droits, et sur le droit pour tous les peuples y compris les peuples coloniaux à disposer librement d'eux-même.
Hors de ce programme de salut national, il ne peut y avoir que misère et servitude pour notre pays.
FRANÇAIS, FRANÇAISES, OUVRIERS, PAYSANS, INTELLECTUELS, PETITES GENS, RASSEMBLEZ-VOUS DERRIERE LE PARTI COMMUNISTE FRANCAIS.
Partout, faites connaître le programme de salut du peuple français, le seul programme qui puisse assurer la liberté et l'indépendance de la France, le seul programme qui balayant les décombres du régime capitaliste pourri ouvrira devant notre peuple, toutes larges les voies de l'avenir. [...]

LE PARTI DE L'AVENIR
Seul le Parti communiste est qualifié pour montrer au peuple de France le chemin du salut. Les militants communistes, qui en 1936 conduisirent le peuple de France à la victoire du Front Populaire contre les 200 familles, sont persécutés aussi bien par les autorités occupantes que par Pétain, parce qu'ils luttent pour défendre le peuple contre les oligarchies capitalistes, parce qu'ils mènent le bon combat pour la libération sociale et nationale de la France. [...]

PEUPLE DE FRANCE,
C'est en tes mains qu'est l'arme de ta délivrance; c'est par l'union et par la lutte que tu te sauveras et que tu feras de notre pays, dans une Europe libérée de la domination capitaliste 
une France libre, forte et heureuse

PEUPLE DE FRANCE,
Pour te sauver, pour mener pied à pied le bon combat contre tes exploiteurs,
RASSEMBLEMENT ! EN AVANT !

Le Comité Central
du Parti Communiste Français (S.F.I.C.)

(Manifeste-programme "Pour le salut du peuple de France" de février 1941
En février 1941, le Parti communiste publie le manifeste-programme "Pour le Salut du Peuple de France" dans lequel il énumère l'ensemble des mesures de "politique intérieure et extérieure indispensables au salut du pays" que prendrait un "Gouvernement du Peuple".

Diffusé en tract à 100 000 exemplaires avec un second tirage identique le mois suivant, ce texte est aussi reproduit en mars 1941 dans les 20 000 exemplaire des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

Signé par le Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC), ce programme de gouvernement prévoit en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale).

Illustré avec des mots d'ordre tel que "Thorez au pouvoir", "Vive le Gouvernement du Peuple" ou "Vive la République française des Soviets", le projet du Parti communiste doit permettre l'instauration en France d'un régime socialiste avec comme modèle l'URSS de Staline.

Texte fondamental qui marque l'aboutissement de la ligne pacifiste défendue par le PCF depuis septembre 1939,  le programme de février 1941 sera caduc après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes en juin 1941. On peut donc faire le constat que c'est grâce... à Hitler que le Parti communiste n'a pas constitué de Gouvernement de Paix.

Pour terminer, on fera remarquer que ce programme ne figure pas dans les livres d'histoire. A sa lecture on comprend pourquoi.


Ce qu'est la Collaboration
"Le mot "collaboration" est aussi impropre aujourd'hui que celui de "non-intervention" employé par Léon Blum lors de la guerre d'Espagne. La "non-intervention", selon Blum, n'était pas autre chose que la tolérance et le soutien de l'intervention italo-allemande en Espagne, cependant que la "collaboration" définie à Montoire n'est pas autre chose que la soumission de la France à toutes les volontés des maîtres de l'Allemagne.
Le Peuple de France peut déjà jugés sur pièces. Contrairement aux clauses du Traité d'Armistice, l'Alsace-Lorraine a été annexée par le Reich au mépris absolu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes; des Alsaciens et des Lorrains ont été chassés de chez eux contraints de tout abandonner, n'ayant le droit d'emporter que 30 kilos de bagages et 2 000 francs.
Au surplus, dans certains villages de la France occupée, les officiers se conduisent à la manière de Gessler, obligeant les habitants à les saluer et multipliant les brimades. Certains officiers ont même la gifle facile et les travailleurs français n'aiment pas de telles mœurs de caractère féodal.
Les masses laborieuses de France ont conscience aussi que si le ravitaillement est scandaleusement désorganisé et si le "marché noir" est si important, c'est peut-être parce que les spéculateurs français trouvent des complaisances, pour ne pas dire des complicités dans certains milieux occupants.
Si on ajoute à cela la fusillade d'étudiants parisiens le 11 novembre et l'exécution de Français coupables soi-disant de s'être livrés à des actes de violence contre les membres de l'armée allemande, sans qu'on sache si ces hommes avaient tout simplement riposté à une gifle par un coup de poing, on comprend aisément la nature des sentiments qui animent les masses populaires de France, sentiments que les capitalistes partisans de l'Angleterre voudraient orientés dans le sens du chauvinisme et que nous devons orienter, nous communistes, dans le sens de la fraternité avec le peuple allemand que nous ne confondons pas avec les maîtres du moment."

(La Vie du Parti n° 2 du 1er trimestre 1941)



"Le gouvernement qui s'installait au levier de commande dans la nuit du 13 au 14 juin était le gouvernement voulu et imposé par l’envahisseur [le Maréchal Pétain a formé son gouvernement dans la nuit du 16 au 17 juin 1940].

Mais, encore une fois, à quels mobiles profonds obéissaient ceux qui le composaient ? Leur préoccupation exclusive était de sauver le régime odieux qui avait conduit le pays à la catastrophe. Ils savaient que si le gouvernement français avait abandonné le territoire, le peuple de France se serait donné un gouvernement à lui. Ce gouvernement eût mis fin à la guerre injuste et criminelle. Il eût signé la paix. Mais, fort de l'adhésion des masses populaires, fort de l'alliance qu'il aurait contracté avec le premier Etat socialiste, il eût fait de la paix non seulement un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand, mais le première étape du relèvement du pays, de la renaissance française. Et comme elles l’ont toujours fait au cours de leur histoire, les classes dirigeantes ont placé leurs intérêts de caste au-dessus de l’intérêt du pays. Elles ont dit plutôt la capitulation, le déshonneur de la France livrée et trahie, mais nos privilèges sauvegardés, qu’une paix honorable et digne, conclue par un peuple qui aurait secoué la dictature capitaliste. La paix conclue par un gouvernement populaire eût servi les intérêts de tous les peuples et notamment les intérêts des peuples français et allemand. L'armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d'un clan d'impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l'asservissement de l'univers."

(Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941) (1)
Pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste diffuse en février 1941 une brochure, tirée à 20 000 exemplaires (2), intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".



"Quand, par exemple, le gouvernement de l'Angleterre « démocratique » persécute, lui aussi, ceux qui démontrent que la guerre actuelle a un caractère impérialiste du côté de tous les belligérants et qu'elle se poursuit, en dernière analyse, pour le profit capitaliste, des deux côtés; il y a là un acte de persécution à l'égard de ceux, qui pour éclairer les masses populaires, opposent au mensonge de la propagande de guerre la vérité scientifique. Car l'affirmation selon laquelle l'enjeu de cette guerre, ce sont les colonies, l'hégémonie en Europe et dans le monde, et que les principaux responsables ce sont les trusts de tous les pays, n'est pas une thèse politique ordinaire; c'est la seule thèse politique conforme à la vérité scientifique, c'est-à-dire aux faits et à leurs rapports effectifs. Mais aucun des impérialismes belligérants ne peut supporter cette vérité objective, et c'est pourquoi ils font tous de l'obscurantisme."

(La Pensée libre n° 1 de février 1941, pp. 21-22)



"RADIO - LONDRES - DE GAULLE est au service des capitalistes anglo-français.
RADIO - PARIS - VICHY est au service des capitalistes franco-allemands.
ECOUTEZ RADIO - MOSCOU au service de l'édification socialiste. Chacune de ses émissions vous apporte des documents précieux, sachez les écoutez, sachez comprendre l'exemple de l'URSS, sachez négliger les "informations" tendancieuses des autres postes, sachez faire aimer le Pays des Soviets, le seul Etat du monde débarrassé du capitalisme."

(L'Humanité - édition Bordelaise - n° 64 du 10 février 1941)
L'Humanité - édition bordelaise - encourage ses lecteurs à écouter Radio-Moscou et à se méfier des « "informations" tendancieuses » diffusées par Radio-Londres qui est au service de l'impérialisme anglais.


"Ainsi les tenants de l'impérialisme anglo-américain et ceux de l'impérialisme allemand montrent leur vrai visage d'ennemi du peuple. Les travailleurs n'ont pas à choisir entre eux; ils n'ont pas à choisir entre Laval qui veut la victoire de l'impérialisme allemand parce que c'est son intérêt, et DE GAULLE qui veut la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt".

(L'Humanité n° 100 du 14 février 1941 - Organe central du PCF)
Dans son numéro du 14 février 1941, l'Humanité accuse le Général de Gaulle d'être un "ennemi du peuple" et de vouloir "la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt".

On rappellera que le conservateur Churchill et le travailliste Atllee, les deux dirigeants de l'Angleterre en guerre contre l'Allemagne, ont aussi été dénoncés comme des "ennemis du peuple" dans l'Humanité n° 82 du 7 octobre 1940.


"C'est sous le titre Pour le salut du peuple de France qu'est publié le programme du Parti Communiste Français (SFIC). Militants ! Faites en sorte que chaque français, que chaque française puisse le lire."

(L'Humanité n° 101 du 22 février 1941- Organe central du PCF)
Dans son numéro du 22 février 1941, l'Humanité mentionne pour la première fois le programme de gouvernement publié par le Parti communiste sous le titre "Pour le salut du peuple de France".



MARS 1941



"Est-ce à dire qu'une politique d'indépendance nationale est impossible ? Non point ! C'est même celle que veut la majorité des Français. UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE. Mais elle ne peut être pratiquée par les hommes de Vichy. Elle suppose un gouvernement capable de rallier l'adhésion des masses populaires françaises, de susciter la sympathie de tous les peuples, de se concilier l'amitié et l'appui de l'URSS et de sa puissante économie socialiste. AUTREMENT DIT, IL N' Y A QU'UN GOUVERNEMENT QUI DE PAR SON ORIGINE, SA COMPOSITION, SON PROGRAMME PUISSE PRATIQUER CETTE POLITIQUE, C'EST UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE."

Diffusés en mars 1941 à 20 000 exemplaires, les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941 publient un article de Gabriel Péri intitulé "Au seuil de 1941".

Dans ce texte rédigé en janvier 1941, le dirigeant communiste analyse l'évolution de la situation internationale depuis la défaite de France en juin 1940.

Il s'attache tout d'abord à montrer que la guerre sera longue car ni l'impérialisme anglais ni l'impérialisme allemand ne sont en mesure de remporter la victoire à court terme. L'Angleterre impérialiste en raison de l'effondrement de sa puissance, l'Allemagne impérialiste du fait des difficultés auxquelles elle est confrontée. Il précise, ensuite, la nature de ces difficultés : défaites militaires de son allié italien; échec partiel de sa diplomatie dans l'Europe balkanique et danubienne avec toutefois la réserve suivante : l'activité de l'Allemagne dans cette partie de l'Europe ne remet pas en cause la solidité des relations germano-soviétiques; et enfin hostilité des pays vaincus avec un long développement consacré à la France. Pour terminer, il envisage une entrée en guerre de l'Amérique impérialiste ("la dictature des soixante familles") ainsi qu'une extension du conflit en extrême-orient.

Abordant la question française Gabriel Péri conteste toute légitimité à la lutte armée et donc à la Résistance en affirmant qu'une "POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE", "SANS RECOURS AUX ARMES", "EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE".

C'est d'ailleurs pour réaliser ce projet que le dirigeant communiste plaide pour la constitution d'un "GOUVERNEMENT DU PEUPLE" autrement dit un gouvernement de Paix communiste


Le sort et l'avenir de la jeunesse française

[...]

LE ROLE DE LA JEUNESSE COMMUNISTE

Les jeunes communistes doivent être à la tête de la jeunesse dans la lutte :
[...]
Contre la guerre impérialiste, contre ceux, partisans d'Hitler ou partisans de Londres, qui voudraient rejeter notre pays dans le conflit qui s'étend au profit de l'un ou de l'autre des deux clans impérialistes qui se disputent l'hégémonie dans le monde. [...]
Les organisations du Parti doivent aider les Jeunesses Communistes, les conseiller, les guider, les aider dans le travail de propagande et d'organisation, les aider aussi dans la lutte contre la provocation, apporter à leur vingt ans audacieux le complément d'une expérience mûrie dans la travail illégal.
Notre Parti est fier de la Jeunesse Communiste qui à ses côtés a traversé les épreuves de l'illégalité et de la guerre impérialiste, courageusement fidèle à son passé, digne de l'Internationale communiste de Jeunes, digne de la grande Internationale Communiste de Dimitrov, digne de la grande et invincible cause de Marx-Engels-Lénine-Staline, la cause du Communisme.

(Cahiers du Bolchévisme du 1e trimestre 1941)
Publié en mars 1941 dans les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941, l'article "Le sort et l'avenir de la jeunesse française" rappelle clairement le rôle des Jeunesses Communistes : organiser la lutte de la jeunesse française "contre la guerre impérialiste" autrement dit défendre la Paix avec l'Allemagne nazie.


SOUS LE DRAPEAU DU COMMUNISME
Ouvriers et Paysans de la Somme, Unissez-vous

Les documents distribués à profusion dans le Département ont ouvert les yeux des plus crédules et montré combien le Parti Communiste Français avait eu raison de lutter avec courage contre la guerre impérialiste. [...]
La population picarde a souffert plus que partout ailleurs de cette guerre criminelle déclenchée par les bandits au pouvoir et leurs valets socialistes et réformistes. [...]
Mais la malédiction de tout un peuple trahi monte, vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite.
Comme l'indique le Programme du Parti Communiste Français : "Oui, de toutes ses forces le Peuple veut que l'on fixe toutes les responsabilités et que l'on châtie tous les coupables [...]".
Guerre capitaliste - défaite capitaliste ! Asservissement et menaces nouvelles de guerres capitalistes !
"Oui, le peuple de France veut la Paix", dit le PROGRAMME :
"Non, le peuple de France ne veut pas prendre part, à nouveau, à la guerre impérialiste. Il veut créer des relations pacifiques avec tous les pays, avec tous les peuples. [...]"
TRAVAILLEURS de la terre et des usines; Intellectuels, Rassemblez vous sous le drapeau du Parti Communiste.
Socialistes, Syndicalistes, Républicains, dont les chefs ont trahi le peuple et les intérêts de la France, faites vôtre notre Programme.
Pour que vive la France; pour le bonheur de son peuple, TRAVAILLEURS PICARD UNISSEZ-VOUS

CATELAS Jean
Député d'Amiens, membre du Comité Central

(Le Travailleur Picard n° 5 de mars 1941 - Organe régional du PCF - Région de la Somme)
Député de la Somme, Jean Catelas est passé dans la clandestinité en octobre 1939 après l'ouverture d'une procédure judiciaire contre le groupe parlementaire communiste auquel il était reproché d'avoir remis au président de la Chambre à la fin de la Campagne de Pologne une lettre dans laquelle il demandait l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix avec l'Allemagne.

Il fait partie des 9 députés qui échappèrent à l'arrestation et qui pour ce motif furent poursuivis pour trahison dans une seconde procédure.

Jugé en avril 1940 pour la première affaire - la lettre au président Herriot du 1er octobre 1939 - Jean Catelas a été condamné à 5 ans de prison ferme.

En juin 1940, le Parti communiste a négocié avec les autorités allemandes la légalisation de ses activités et notamment de sa presse. 

Responsable des 5 Régions parisiennes du Parti communiste, Jean Catelas a été l'un des acteurs de ces négociations en signant notamment en tant que membre du Comité central la Demande de parution de l'Humanité sous censure allemande du 26 juin 1940.

Plaidoyer enthousiaste pour le programme pacifiste du Parti communiste intitulé "Pour le salut du peuple de France", son article publié en mars 1941 dans Le Travailleur Picard est encore un témoignage de son engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.


Extrait n° 1 :

"LE PARTI COMMUNISTE TRAVAILLE AU SALUT DU PEUPLE DE FRANCE.
TRAVAILLEURS DEMANDEZ LE PROGRAMME DU SALUT DE NOTRE PEUPLE A NOS DIFFUSEURS, ETUDIEZ-LE, DIFFUSEZ-LE, AGISSEZ SELON SES DIRECTIVES POUR UNE FRANCE LIBRE, FORTE ET HEUREUSE."

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Extrait n° 2 :

"Mais, conscient de sa force, de ses responsabilités, de la confiance de tout un peuple qui souffre, notre Parti communiste indomptable agit. Son programme "pour le salut du Peuple de France" vient de paraître en tract. Pas un mot de démagogie dans ce programme; rien qui soit étranger aux besoins immédiats de nos ouvriers, de nos paysans, des commerçants, des jeunes, des femmes, des mères, des prisonniers, des intellectuels. Un souci permanent d'agir pour le peuple et par lui, sous son contrôle constant, avec sa participation active réalisée par la démocratie la plus large dans un renouveau de libertés non plus formelles mais garanties."

(L'Humanité - édition Normande - n° 30 publiée en mars 1941)
Par son contenu, ce numéro peut être daté de mars 1941 : discours de Pétain à St-Etienne, adhésion de la Bulgarie au Pacte tripartite, mention que "depuis 8 mois ce gouvernement de gangsters..." et enfin référence au programme communiste qui "vient de paraître en tract".


"Sans doute les clans germanophiles et anglophiles qui existent dans les milieux capitalistes français se combattent sournoisement, mais Laval, Deloncle et Jean Goy sont rejoints dans leurs plans de destruction des libertés populaires par de GAULLE et LARMINAT. Les serviteurs de l'Allemagne et de l'Angleterre veulent, aussi bien les uns que les autres, détruire à jamais les libertés publiques et nous imposer l'horrible régime du sabre et du coffre-fort."

(L'Humanité n° 102 du 5 mars 1941 - Organe central du PCF)
Pour dissuader les Français de s'engager dans la Résistance, l'Humanité du 5 mars 1941 dénonce le projet du Général de Gaulle de libérer la France par les armes en expliquant que le chef de la France Libre veut - en réalité - non seulement "détruire à jamais les libertés publiques" mais aussi préserver "l'horrible régime du sabre et du coffre-fort" autrement dit le régime capitaliste.


"DEMANDEZ, LISEZ, FAITES CONNAITRE le programme du Parti Communiste publié clandestinement sous le titre "POUR LE SALUT DU PEUPLE DE FRANCE". Le programme de la libération sociale et nationale de notre pays"

(L'Humanité n° 102 du 5 mars 1941 - Organe central du PCF)
L'Humanité encourage les militants communistes a faire connaître aux Français le programme du Parti intitulé "Pour le salut du peuple de France".

Ce programme qui prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste et en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne est présenté comme "le programme de la libération sociale et nationale" de la France".


" « Nationalisation, sans indemnité, des banques, compagnies d'assurances, mines, chemins de fer et de l'ensemble des Sociétés capitalistes aryennes ou juives (électricité, produits chimiques, textile, métallurgie, gaz, etc.) ». C'est simple, net et conforme à l'intérêt de la Jeunesse Française. C'est le premier article de politique intérieure du GOUVERNEMENT DU PEUPLE pour lequel lutte le Grand Parti Communiste de Maurice THOREZ et Jacques DUCLOS." 

(L'Avant-garde n° 38 du 7 mars 1941 - Organe central des Jeunesses communistes)
Dans ce plaidoyer pour un "Gouvernement du Peuple" autrement dit un Gouvernement de Paix communiste, L'Avant-garde cite la première mesure du chapitre "POUR METTRE LES OLIGARCHIES CAPITALISTE HORS D'ETAT DE NUIRE" du programme pacifiste "Pour le salut du peuple de France".


Pour le salut du Peuple de France
tel est le titre du programme du [Parti] Communiste Français, Diffusez-le.

(L'Humanité - édition Bordelaise - n° 67 du 11 mars 1941)
Dans ce numéro de l'Humanité, les communistes de la région bordelaise approuvent la ligne fixée par la direction centrale du Parti en appelant à la diffusion du programme pacifiste "Pour le salut du peuple de France".


"Le gouvernement de Vichy, c'est le gouvernement des Trusts
Le rassemblement de Paris, c'est le rassemblement des Trusts
La radio et la guerre de Londres, c'est la guerre et la radio des Trusts
L'URSS seule donne l'exemple de la prospérité et du bonheur d'un pays sans capitalistes.
Vive la France libre et heureuse, indépendante et prospère que veulent et que feront les communistes avec l'appui du peuple tout entier."

(La Voix de la Charente n° 17 de mars 1941 - Organe régional du PCF - Région Charente)


DE 1871 A 1941

Les capitalistes d'aujourd'hui sont 
les dignes héritiers des Versaillais

par Maurice THOREZ et Jacques DUCLOS

[...]

Le vieux maréchal embastille les communistes parce que, dès septembre 1939, ils se dressèrent contre la guerre impérialiste et cet homme qui au soir de sa vie a accédé au pouvoir en passant par les couloirs de la défaite, fut hier le soutien des responsables de la guerre qu'il ne se hâte pas de faire juger de crainte de voir son attitude approbative d'hier évoqueé par les accusés eux-mêmes devant la Cour de Riom.

Si l'occupation de la France par l'Allemagne suffit à fournir la preuve que le « nouvel ordre européen » de M. Hitler signifierait pour la France un scandaleux asservissement, il n'est pas moins certain que le mouvement des de Gaulle et de Larminat, foncièrement réactionnaire et antidémocratique, ne vise à rien d'autre, lui aussi, qu'à priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise. [...]

Comme le recommande le programme du Parti que les communistes ont le devoir de faire connaître par la masse des Français, il est indispensable qu'ouvriers, paysans, petites gens, ménagères, mères de famille luttent pied à pied pour défendre leur pain et celui de leurs enfants; il est indispensable aussi que les travailleurs qui suivaient hier les chefs du Parti radical et du Parti socialiste s'unissent à leurs communistes pour former un véritable Front populaire de lutte qui demain fera flotter à nouveau sur note pays, et cette fois pour toujours, le grand drapeau du pain, de la liberté et de la paix, le drapeau de la France libre et indépendante.
Numéro spécial commémorant la Commune de Paris, l'Humanité du 18 mars 1941 publie un texte de Maurice Thorez et Jacques Duclos intitulé "De 1871 à 1941 / Les capitalistes d'aujourd'hui sont les dignes héritiers des Versaillais".

De ce texte signé par les secrétaire et secrétaire général du PCF, on retiendra les idées suivantes :

1) Maurice Thorez et Jacques Duclos affirment que le régime de Vichy réprime les communistes pour leur engagement "contre la guerre impérialiste" autrement dit pour leur pacifisme. Aucune mention d'une lutte armée contre l'occupant allemand.

2) Maurice Thorez et Jacques Duclos soutiennent que le Maréchal Pétain, qui "fut hier le soutien des responsables de la guerre" autrement dit un belliciste, refuse de les faire juger pour ne pas être mis en cause par les accusés. Aucune condamnation du pacifisme du Maréchal Pétain.

3) Maurice Thorez et Jacques Duclos accusent le Général de Gaulle d'être à la tête d'un mouvement "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" autrement dit fasciste et de vouloir en réalité "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise". Aucune célébration de la Résistance ou de l'Angleterre.

4) Maurice Thorez et Jacques Duclos appellent les militants communistes à faire leur "devoir" en diffusant le programme pacicifiste du PCF intitulé "Pour le salut du peuple de France". Aucun Appel à la Résistance.


"Le programme du Parti communiste édité clandestinement sous le titre « Pour le salut du peuple de France » associe les revendications des masses ouvrières et des masses paysannes".

(L'Humanité numéro spécial du 18 mars 1941 - Organe central du PCF)


Extrait n° 1 :

A BAS LES COMBINARDS ET LES TRAITRES
EN AVANT, POUR
LA VERITABLE VICTOIRE DU PEUPLE
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Les politiciens à la Laval, De Brinon et autres; les journalistes a gages comme les Déat, Luchaire; les canailles comme Doriot et Gitton dont les journaux sont subventionnés par les Officines de Goebbels, préconisent la collaboration avec l'Allemagne d'Hitler.
D'un autre côté, les De Gaullistes, représentants des Banquiers de la City; épousent la cause de l'impérialisme anglais
Le peuple de France n'a pas à prendre la défense de tel ou tel clan impérialiste. [...]
Une seule voie s'offre au peuple de France comme à celui de tous les pays capitalistes : c'est la voie suivie par les peuples de l'Union Soviétique à la fin de la guerre 1914/1918, qui ont sapé l'odieux régime tzariste et qui se sont affranchis a jamais du joug du capital.
De plus en plus, le peuple de France se rend compte de cette réalité et, avec le Parti Communiste, il luttera pour la chute du régime des impérialismes fauteurs de guerre, pour l'avènement rapide d'un véritable gouvernement populaire, pour un Etat où les travailleurs vivront dans la paix, la joie, la liberté.

La Région PARIS-NORD
du Parti Communiste Français (S.F.I.C)

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Extrait n° 2 :

"Demandez, lisez, faites circulez les journaux et tracts du Parti.
Lisez, étudiez et faites connaître le programme du Parti publié sous le titre :
              "POUR LE SALUT DU PEUPLE DE FRANCE"
le programme de la libération sociale et nationale du pays."

(En Avant n° 1 de févier-mars 1941 - Organe régional du PCF - Région Paris-Nord)


Extrait n° 1 :

"Notre Parti n'a jamais été aussi fort, débarrassé des lâches et des traîtres, c'est avec confiance et fierté que nous accomplissons notre tâche.
Nous luttons "Pour le salut du Peuple de France".
Le Peuple de France veut la Paix, il veut que soient libérés le sol national et ses fils prisonniers de guerre.
Le Peuple de France considère qu'il est d'un intérêt vital pour lui d'établir de solides liens d'amitié avec le grand Pays des Soviets.
La France veut un Gouvernement qui soit l'émanation du peuple, un gouvernement qui, en s'appuyant sur le peuple, serait capable de réaliser à l’œuvre indispensable de salut national !
Le gouvernement du Peuple, expression de la volonté nationale et non d'une conjuration de profiteurs comme l'est la clique de Vichy prendrait immédiatement les décisions de politique extérieure et intérieure indispensables au salut du pays.
"Peuple de France, c'est entre tes mains qu'est l'arme de ta délivrance; c'est par l'union et par la lutte que tu sauras et que tu feras de notre pays, dans une Europe libérée de la domination capitaliste, une France libre, forte et heureuse."
Cette union nécessaire se réalise autour du Parti Communiste Français sous le glorieux drapeau de Marx-Engels-Lénine-Staline, lutte pour la libération sociale et nationale de la France."

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Extrait n° 2 :

"Lisez, diffusez le programme du Parti Communiste Français "POUR LE SALUT DU PEUPLE DE FRANCE"."

(Lutter et vaincre numéro spécial de mars-juin 1941 - Organe régional du PCF - Région Paris-Sud)



AVRIL 1941



Être Degaulliste...

C'est avoir les pieds bien au chaud, le ventre plein et planter des petits drapeaux marquant les points de débarquement des Anglais en France.
C'est aussi pousser de jeunes gars à embarquer sur de mauvaises barques, les faire s'engager dans les rangs anglais pour se faire tuer.
C'est encore pousser de pauvres folles à déchirer les affiches allemandes, de non moins pauvre gars à couper un câble électrique pour se faire fusiller après par les Allemands. 
C'est surtout vouloir que les peuples s'entretuent pour le plus grand plaisir des Anglais et revenir au beau temps de MM. Daladier-Reynaud.

(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 1 d'avril 1941 - Organe des Régions Bretonnes du Parti communiste)
Dans le premier numéro de La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime - imprimé et publié en avril 1941 - les communistes bretons condamnent sans aucune ambiguïté le Général de Gaulle et toute forme de Résistance.


UNE GRAVE ERREUR

C'est de croire que le De Gaullisme libèrera notre pays.
De Gaulle, c'est l'homme des financiers de la Cité.
De Gaulle était au Gouvernement quand, déjà, on jetait par milliers nos camarades en prison et dans les camps de concentration.
De Gaulle, c'est l'homme qui ferait, le cas échéant, de la Bretagne une nouvelle Vendée.
Ni De Gaulle, ni Vichy, ni Paris.
Ni tutelle allemande, ni tutelle anglaise.
Une France libre et indépendante, voilà ce que veulent et que feront les communistes.

(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 2 d'avril 1941 - Organe des Régions Bretonnes du Parti communiste)
Dans le deuxième numéro de La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime - imprimé et publié aussi en avril 1941 - les communistes bretons renouvellent leur condamnation du Général de Gaulle.

Dans ce numéro, le chef de la France Libre est accusé d'être un agent de l'impérialisme anglais qui dans l'hypothèse d'une victoire de l'Angleterre sur l'Allemagne "ferait de la Bretagne une nouvelle Vendée" !!! (référence aux massacres commis pendant la Révolution française).

Membre du gouvernement de Paul Reynaud du 6 au 16 juin 1940, le Général de Gaulle est aussi dénoncé pour sa participation à un gouvernement qui réprimait les militants communistes. 

On rappellera que les militants communistes ont été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.


Extrait n° 1 :

Pour une France libre !

[...]
Que les Français qui ont cru un moment que leur intérêt était de suivre l'Angleterre reviennent à la réalité des choses.
Le peuple Français ne peut se sauver ni en se soumettant à l'Ordre Nouveau Hitlérien, ni à la City de Londres et à son mercenaire de Gaule (sic).
Son salut est dans l'indépendance de la France.
"Producteurs" sauvez-nous, nous-mêmes !
Le Parti Communiste Français vous montre la voie à suivre pour la Libération et le Redressement de notre beau pays de France.
Adhérez au Parti Communiste Français !

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Extrait n° 2 :

Pour le Salut du Peuple de France

Travailleurs Berrichons, [avez] vous lu le programme du Gouvernement du Peuple
Demandez- le à nos Amis !
Lisez-le, faites-le circuler !

(L'Emancipateur d'avril 1941 - Organe régional du PCF - Région Cher)


PAS DE NOUVEAU "SAC AU DOS"
POUR LES BRIGANDS IMPERIALISTES.

Les groupes impérialistes rivaux poursuivent la plus féroce et la plus atroce des guerres. Les uns et les autres n'osent avouer les véritables mobiles qui les animent.
Churchill, aidé par Roosevelt, tue au nom de liberté et de la démocratie, mais les colonies anglaises sont sous le joug, le parti communiste anglais est frappé, sa presse interdite, cependant que les milliers de grévistes américains sont aux prises avec une police de gangsters au service des multimilliardaires marchands de canons.
Hitler mène "la guerre du sang contre l'or", "du travail contre la ploutocratie" mais les communistes et pacifistes allemands sont torturés, mais les communistes français, leur presse, leurs militants sont traqués.
La vérité est plus matérielle, plus cynique aussi. Il s'agit du deuxième partage du monde, de ses sources de matières premières, de ses marchés, que de se disputent les rivaux.
La France vaincue reste un enjeu important des deux clans qui agissent pour le plus grand mal de notre peuple, sans se soucier un instant de nos intérêts nationaux. Toutes les armes sont employées pour nous faire remettre "sac au dos". Le chantage à la famine des maîtres de De Gaulle n'a d'égal que la menace de la force des maîtres de Laval, Déat, Doriot. Les provocations se multiplient pour nous entraîner dans la mêlée, tel l'incident de Nemours.
Dans ces conditions, ne nous lassons jamais de répéter que les Français aiment leur pays; qu'ils le veulent libre, indépendant; qu'ils ont en horreur la guerre impérialiste. Ils ne se battront ni pour l'Allemagne, ni pour l'Angleterre, mais pour un gouvernement du Peuple qui libérera le territoire et les prisonniers de guerre, qui établira des relations pacifiques et fraternelles avec tous les autres peuples, qui se liera d'amitié avec le champion de la Paix qu'est l'URSS, qui fera la seule et vraie politique française, celle que veulent et que feront les communistes.

(L'Avenir normand n° 1 d'avril 1941 - Organe régional du PCF - Région Normandie)
En avril 1941 paraît clandestinement le premier numéro de l'Avenir normand, organe de la Région Normandie du Parti communiste. Le rédacteur de ce numéro imprimé est le dirigeant régional André Pican.

L'article "Pas de nouveau "sac au dos" pour les brigands impérialistes" reflète parfaitement la position définie par la direction centrale du Parti communiste :

1) dénonciation du caractère impérialiste de la guerre qui oppose l'Angleterre démocratique à l'Allemagne nazie.

2) condamnation du Général de Gaulle accusé de servir l'impérialisme anglais.

3) appel à former un Gouvernement du Peuple "qui établira des relations pacifiques et fraternelles avec tous les autres peuples" et notamment... le peuple allemand.

Les revendications associées au Gouvernement du Peuple sont tirées du chapitre Politique extérieure du programme "Pour le salut du peuple de France".


"Les Normands ont du bons sens et savent que le capitalisme, voilà l'ennemi ! Ils prennent la voie juste, comme en témoigne l'accueil qu'ils réservent au Programme de notre Parti : "Pour le Salut du peuple de France".

(L'Avenir normand n° 1 d'avril 1941 - Organe régional du PCF - Région Normandie)
L'Avenir normand mentionne le programme pacifiste Pour le salut du Peuple de France en rappelant qui est le véritable ennemi : "le capitalisme, voilà l'ennemi !".


"Ni soldats de l'Angleterre avec DE GAULLE ! Ni soldats de l'Allemagne avec PETAIN !
VIVE LA FRANCE LIBRE, INDEPENDANTE ET HEUREUSE QUE VEULENT ET QUE FERONT LES COMMUNISTE AVEC THOREZ AU POUVOIR."

(L'Humanité - édition zone non-occupée - n° 101 du 4 avril 1941)


"La solution pour tous les maux dont nous souffrons se trouve dans le tract rédigé par le comité central du parti communiste, et intitulé "POUR LE SALUT DU PEUPLE DE FRANCE"
PAYSANS... lisez ce programme et faites-le circulez."

(L'Enchaîné, Edition Paysane, n° 24 du 6 avril 1941 - Organe régional du PCF - Région Pas-de-Calais)


"La jeunesse ne veut pas devenir une génération rachitique et tuberculeuse ! Elle en a assez du blocus imposé à notre population par l'impérialisme anglais et ses valets de GAULLE et LARMINAT."

(L'Avant-Garde n° 43 du 9 avril 1941 - Organe central des Jeunesses communistes)


LE PROGRAMME [DU GOUVERNEME]NT DU PEUPLE

"Pour le Salut du peuple de France" c'est le programme du [gouverne]ment du Peuple, édité clandestinement par le Parti Communiste, où les droits de la Jeunesse ont une place de premier plan : Droit à l'instruction, droit au repos, droit à la joie, droit [au foyer] et avant tout :
DROIT AU TRAVAIL :
- Création d'un vaste réseau d'Ecoles d'apprentissage correspondant aux diverses branches de la production pour les jeunes gens et les jeunes filles.
- Droit à un métier pour chaque citoyen et chaque citoyenne.
- Droit pour le Jeune ouvrier doué, d'accéder à des Ecoles techniques supérieures pour devenir Ingénieur, en continuant à percevoir son salaire.
- Obligation pour la société de donner du travail à tous, ce qui est seulement possible avec la disparition du régime capitaliste.
JEUNES, à l'appel de la Jeunesse Communiste, luttez derrière le Parti Communiste, Parti de la libération sociale et nationale de notre pays, POUR LE GOUVERNEMENT DU PEUPLE !

(L'Avant-garde n° 44 du 16 avril 1941 - Organe central des Jeunesses communistes)


"A nous, communistes, de montrer à notre peuple que ce n'est ni dans la "collaboration-soumission" à l'impérialisme allemand, ni dans l'attente d'une soi-disant délivrance gaulliste que ses espérances doivent être placées."

(L'Humanité n° 110 du 20 avril 1941 - Organe central du PCF)
Dans ce numéro d'avril 1941, l'Humanité condamne et le Maréchal Pétain et le Général de Gaulle en soulignant implicitement les différences qui opposent leur projet à celui des communistes.

Les communistes combattent la politique du Maréchal Pétain parce qu'elle est soumise à l'impérialisme allemand et que de ce fait elle n'apportera pas la Paix mais conduira la France à s'engager de nouveau dans la guerre au profit cette fois de l'Allemagne.

A l'inverse de cette "collaboration-soumission", les communistes défendent "la collaboration vraie" qui leur permettra, parce qu'elle sera fondée sur le respect des droits mutuels, de négocier avec succès un traité de paix franco-allemand.

Le Général de Gaulle est combattu par les communistes parce que le succès de son projet de libération par les armes signifierait la victoire de l'impérialisme anglais et le maintien en France d'un régime capitaliste.

A la "délivrance gaulliste", les communistes opposent la Révolution socialiste qui permettra de mettre un terme définitif à la guerre impérialiste en détruisant sa cause : le régime capitaliste.


"Partant de ce point de vue, il [le parti] ne prend pas position hostile envers partisans du mouvement de Gaulle tout en critiquant avec mesure ses positions réactionnaires et colonialistes."

(Télégramme du 26 avril 1941 de l'Internationale communiste (1) signé Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et André Marty, secrétaire de l'IC, (Moscou) envoyé à Eugène Fried, représentant de l'Internationale communiste auprès du PCF (Bruxelles).
Dans un télégramme daté du 26 avril 1941 qui sera transmis à Jacques Duclos par l'intermédiaire d'Eugène Fried, l'Internationale communiste recommande au Parti communiste de créer un "front national de lutte pour l'indépendance" dont l'objectif sera de "ne pas permettre que le peuple, le territoire et les ressources de la France soient utilisées dans la guerre entre l'Allemagne et l'Angleterre".

En d'autres termes les communistes devront se mobiliser pour maintenir la France à l'écart du conflit anglo-allemand et préserver ainsi son "indépendance".

L'IC précise que ce front exclu "les capitulards et traîtres" c'est-à-dire les pétainistes qui servent l'impérialisme allemand.

Quand aux gaullistes qui servent l'impérialisme anglais, l'IC fait une distinction entre les "partisans" du Général de Gaulle et le "mouvement de Gaulle" lui-même
- pas d'hostilité envers ces partisans, ils peuvent donc intégrer le front national de lutte pour l'indépendance de la France à la condition d'adhérer au projet pacifiste du Parti communiste,
- par contre, la propagande communiste devra dénoncer la France Libre du Général de Gaulle comme un mouvement qui défend des "positions réactionnaires et colonialistes" autrement dit fascistes !!!

Suivant les instructions de l'IC, le Parti communiste lancera en mai 1941 un Appel "Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France".

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 403.



MAI 1941



"Les peuples ne veulent plus de la guerre impérialiste, pas plus qu'ils ne veulent d'une paix impérialiste qui ferait d'eux des véritables esclaves; ce qu'ils veulent c'est une paix populaire qui n'assujettirait aucun peuple, qui assurerait à chaque pays sa liberté et son indépendance nationales et qui créerait les conditions d'une collaboration fraternelle entre les peuples"



"Ni Hitler, ni de Gaulle, la France libre, indépendante"; "Ni Londres, ni Berlin, la France indépendante", "Le Socialisme c'est la paix, le bien être, la liberté".

Premier numéro d'une nouvelle série, Notre propagande n° 1 de mai 1941 met à la disposition des militants communiste des textes à diffuser sous forme de tract, papillon ou affichette.

Ce numéro contient aussi "quelques mots d'ordre et inscriptions murales à tracer au goudron, minium, peinture ou à la craie sur les murs, les portails d'usine, les trottoirs, l'asphalte etc..."

Au nombre de 28, ces mots d'ordre et inscriptions murales reflètent parfaitement la ligne pacifiste du Parti communiste puisque aucun d'entre eux n'appelle à la lutte armée ou à la défaite d'Hitler.


Les assassins de la liberté

En France, les autorités d'occupation protègent le gouvernement Pétain-Darlan-Belin qui interdit l'augmentation des salaires. Les mitrailleuses allemandes sont prêtes à taper dans le tas pour défendre les coffres-forts. Aux Etats-Unis, les ploutocrates menacent de la chaise électrique les ouvriers luttant pour leurs revendications et, en Angleterre, la presse communiste est interdite comme elle l'est par Pétain et Abetz dans notre pays.
Les impérialistes rivaux sont animés du même souci d'assassiner la liberté et quand les propagandistes anglais présentent le mouvement gaulliste comme un mouvement démocratique, ils mentent effrontément. Ce général à particule veut non pas la liberté de notre pays, il veut le triomphe des intérêts impérialistes auxquels il a lié son sort.
Ouvriers, paysans, ce n'est pas vers les de Gaulle, de Larminat et autres réactionnaires de même accabit qu'il faut tourner vos regards, et ce n'est pas des V qu'il faut écrire sur les murs, mais c'est l'emblème de la faucille et du marteau qu'il faut dessiner partout.


(L'Humanité numéro spécial du 1er mai 1941 - Organe central du PCF)
Dans son numéro spécial imprimé du 1er mai 1941 - tiré à 1 000 000 d'exemplaires - l'Humanité accuse le Général de Gaulle d'être un "'assassin de la liberté" !!!!


Pour le Salut du Peuple de France 

C'est sous ce titre que le Parti communiste a publié son programme de libération sociale et nationale de la France qu'il faut faire connaître à la masse des Français pour leur montrer le chemin de la délivrance.
Vive le Parti communiste (S.F.I.C) qui lutte sous la direction de son Comité central et de ses chefs aimés Thorez, Duclos, Marty, Cachin, Frachon, Ramette, Monmousseau, etc...
Vive la Jeunesse communiste qui, dirigée par Raymond Guyot, travaille à rassembler la jeunesse de France sous le drapeau du communisme.


Radio-Paris MENT, Radio-Vichy MENT et Radio-Londres également.
Ecoutez Radio-MOSCOU sur 25, 31, 32 et 49 mètres.

(La Voix du Quartier latin du 1er mai 1941 - Organe de la Section communiste des 5° et 6° arrondissements de Paris)


Extrait n° 1 :

"Si l'occupation de la France par l'Allemagne suffit à fournir la preuve que le « nouvel ordre européen » de M. Hitler signifierait pour la France un scandaleux asservissement, il n'est pas moins certain que le mouvement des DE GAULLE et DE LARMINAT, foncièrement réactionnaire et antidémocatique, ne vise à rien d'autre, lui aussi, qu'à priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise."

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Extrait n° 2 :

"Nous disons, Non ! aux misérables de Brinon, Pétain, Darlan, Déat et consort, qui, sous prétexte de « collaboration », veulent faire de nous les soldats, les marins d'Hitler.
Nous disons, Non ! au misérable de Gaulle et ses amis qui veulent faire massacrer les Français pour le compte de la bourgeoisie anglaise.
Nous ne voulons plus servir de champ clos aux querelles sanglantes (pour les peuples) des capitalistes.
Nos villes de Brest, Lorient, St-Nazaire, sont bombardées plusieurs fois la semaine par le R.A.F et, à chaque fois, c'est par dizaines que se comptent les malheureuses et innocentes victimes des banquiers de la cité et des ploutocrates de Berlin.
Oui ! Assez  ! La France aux Français ! A bas la guerre impérialiste !
Sachez que seul un Gouvernement du Peuple, s'appuyant sur l'Union Soviétique, peut mettre fin à cette guerre dans notre pays."

(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 3 de mai 1941 - Organe des Régions Bretonnes du Parti communiste)
Imprimée et publiée en mai 1941, La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n ° 3 dénonce - comme dans ses deux précédents numéros - le Général de Gaulle et son projet de libérer la France par les armes avec le concours de l'Angleterre. 

L'organe des Régions bretonnes du Parti communiste reproduit en première page l'article de Maurice Thorez et de Jacques Duclos publié dans le numéro spécial de l'Humanité du 18 mars 1841 sous le titre "De 1871 à 1941 - Les capitalistes d'aujourd'hui sont les dignes héritiers des Versaillais". Dans ce texte, les deux dirigeants communistes contestent toute légitimité au mouvement gaulliste en l'accusant d'être "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" et de vouloir "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise".

En outre, dans un texte dénonçant en page 2 les crimes de la RAF sous le titre "Les bombardement de Brest, Lorient, St-Nazaire", les communistes bretons condamne le "misérable de Gaulle" en expliquant qu'il veut "faire massacrer les Français pour le compte de la bourgeoisie anglaise."


Extrait n° 1 :

1ER MAI 1941

Tandis que sa Nullité Pétain 1er bafouillait en chevrotant quelques lieux communs sur la "collaboration des masses" à la radio, les ouvriers ont fêté la Journée Internationale du Travail.
Malgré l'interdiction des manifestations et des cortèges, ils ont fait connaître leurs revendications. Leurs inscriptions sur les murs du Havre : "A BAS PETAIN", "VIVE LE 1er MAI ROUGE", "THOREZ AU POUVOIR", "VIVE L'URSS" ont donné bien du mal à la police. En ce jour de solidarité internationale du prolétariat, leurs inscriptions "ROT FRONT" s'adressaient aux ouvriers allemands en uniforme vert-gris.
Leurs affiches faisaient connaître leurs revendications : L'augmentation des salaires etc...
VIVE LE 1er MAI

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Extrait n° 2 :

PRECISIONS ...

La Radio de Vichy affirme que les "communistes gorgés d'or anglais font de la propagande gaulliste".
Tout le monde sait que les communistes qui veulent la liberté et l'indépendance de la France sont les ennemis du général à particule, agent de l'impérialisme britannique, comme ils sont les ennemis des traitres de Vichy, qui sous le nom de "collaboration" voudraient faire de la France une colonie allemande. 
Ni Dominion britannique, Ni Colonie Allemande, LA FRANCE AUX FRANCAIS.
Ni De Gaulle, Ni Pétain, UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE.

(L'Humanité - édition Havraise - du 10 mai 1941)


Pour la formation d'un Front National
de lutte pour l'Indépendance de la France

[...]

Les traîtres à la solde de l'envahisseur parlent de paix, mais leur « PAIX » ne signifie rien d'autre qu'une tentative criminelle de lancer à nouveau notre pays dans la guerre en le maintenant sous la domination des impérialistes allemands.

C'est pourquoi la lutte pour la paix ne peut se séparer de la lutte contre l'oppression nationale, pour l'indépendance de notre pays. Le peuple de France ne veut pas la paix du cimetière et de la prison, la paix de la servitude et de l'oppression, il veut la paix dans la liberté et l'indépendance du pays et le premier objectif que nous devons, nous Français, nous assigner dans cette lutte pour la paix est le suivant :

IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE. [...]

Voilà ce que pensent, ce que désirent des millions de Français, mais ils se demandent si cela peut sortir du domaine des aspirations pour entrer dans celui des réalités.
Oui, cela se peut, mais à deux conditions :

1° IL FAUT L'UNITE DE LA NATION A L'EXCEPTION DES TRAITRES ET DES CAPITULARDS FAISANT LA BESOGNE OU LE JEU DE L'ENVAHISSEUR; IL FAUT CONSTITUER UN LARGE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE;

2° CE FRONT NATIONAL DE L'INDEPENDANCE, POUR POUVOIR REMPLIR SA MISSION LIBERATRICE, DOIT ETRE CONSTITUE AVEC, COMME FORCE FONDAMENTALE, LA CLASSE OUVRIERE DE FRANCE, AVEC LE PARTI COMMUNISTE A LA TETE" [...]

Certains Français et certaines Françaises qui souffrent de voir notre pays opprimé par l'envahisseur placent à tort leurs espérances dans le mouvement de Gaulle. A ces compatriotes, nous disons que ce n'est pas derrière un tel mouvement d'inspiration REACTIONNAIRE ET COLONIALISTE, à l'image de l'impérialisme britannique, que peut se réaliser l'unité de la Nation française pour la libération nationale. [...]

VIVE LE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE !

VIVE LA FRANCE LIBRE ET INDEPENDANTE !

(15 mai 1941)

Le Parti Communiste Français
(SFIC)

Le 15 mai 1941, le Parti communiste lance un appel "Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France" dans lequel il incite les Français à se mobiliser pour maintenir la France à l'écart du conflit anglo-allemand :

"IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE".

Cette initiative pacifiste répond à une Directive de l'Internationale communiste du 26 avril 1941.

Suivant les prescriptions de l'IC, le Parti communiste souligne l'importance de son appel en montrant que "l'indépendance de la France", c'est-à-dire le maintien du pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons", est la condition préalable à la "libération nationale" autrement dit à la conclusion d'un traité de Paix franco-allemand qui aura été négocié avec succès par un Gouvernement communiste en raison de la neutralité de la France et aux termes duquel le territoire national et les prisonniers de guerres seront libérés.

Le Front National de lutte pour l'indépendance de la France changera radicalement de nature après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes pour devenir un mouvement de Résistance ayant pour objectif la défaite de Hitler.

Dès lors, le Front National de lutte pour l'Indépendance de la France sera présenté par le Parti communiste puis l"historiographie comme un mouvement de Résistance créé le 15 mai 1941 sur la base de citations tronquées du texte original dans lesquelles on n'aura supprimé toute référence à la Paix avec l'Allemagne, à l'impérialisme britannique et à la condamnation du Général de Gaulle.


Que dans tous les foyers Picards, le programme du PARTI COMMUNISTE FRANCAIS pénètre.
Aidez les vaillants diffuseurs de la littérature du Parti communiste.
Lisez et popularisez, le programme du PARTI COMMUNISTE FRANCAIS.
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La Région Picarde du Parti Communiste Français

(Le Travailleur Picard n° 18 publié en juin 1941 - Organe régional du PCF - Région Picardie)



JUIN 1941



"La France doit rester en dehors de la guerre impérialiste ! Et cela est possible en instaurant un GOUVERNEMENT DU PEUPLE. Un tel Gouvernement fort parce qu'issue du peuple pourrait maintenir la Paix parce qu'il s'appuierait sur la sympathie de tous les peuples et parce qu'il jouirait de l'amitié de la grande Union Soviétique."

(L'Avant-garde n° 50 du 1er juin 1941 - Organe central des Jeunesses communistes)


"Depuis le 8 juin dernier, date de l'entrée des troupes anglaises et des soldats de de Gaulle en Syrie et au Liban, le sang français coule."

(L'Humanité n° 117 du 13 juin 1941 - Organe central du PCF)


Extrait n° 1 :

"Les traitres de Vichy font tuer des français en Syrie pour l'Allemagne, tandis que de GAULLE et CATROUX en font tuer d'autres pour l'Angleterre !"

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Extrait n° 2 :

"Quel hommage nous rend ainsi le vieux Maréchal traître et profiteur de la défaite, mais ce vieux criminel aux mains rouges de sang n'a pas dit un mot de la Syrie, de cette guerre dans laquelle il fait tuer des enfants de France pour l'Allemagne, de même que de Gaulle et Catroux font tuer d'autres français pour l'Angleterre."

(L'Humanité n° 118 du 20 juin 1941 - Organe central du PCF)


22 juin 1941 : Invasion de l'URSS


"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand".

(Télégramme du 25 juin 1941 de l'Internationale communiste (1) signé Maurice Thorez, secrétaire général du PCF et André Marty, secrétaire de l'IC, (Moscou) envoyé à Jacques Duclos, secrétaire du PCF (Paris))



LA BATAILLE DES V. 
Les allemands volent tout; ils ont même voulu voler le V. mais si notre V signifie VICTOIRE, le leur signifie VERBRECHER (criminel) qualificatif qui s'applique bien à Hitler. Afin de différencier nos V des leurs, dessinons-les ainsi :
 
ainsi s'affirme l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes dans le Front National de l'Indépendance de la France.

(L'Humanité n° 122 du 29 juillet 1941 - Organe central du PCF)
Pacifistes, les communistes se sont appropriés le principe pétainiste de la collaboration en plaidant pour la "collaboration vraie". Résistants, ils s'approprient le V gaulliste - signe de la Victoire - en y associant la faucille et le marteau.

Pacifistes, les communistes ont lancé un Appel pour la Formation d'un Front National de lutte pour l'indépendance de la France dans lequel la France Libre du Général de Gaulle était dénoncée comme un mouvement "REACTIONNAIRE ET COLONIALISTE". Résistants, ils célèbrent le Front National de l'indépendance de la France comme le symbole de "l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes".

Pacifistes, les communistes ont qualifié de Gaulle, Churchill et Attlee "d'ennemis du peuple". Résistants, ils qualifient Hitler de... "criminel".

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